PARTIE 6 – Derrière une porte de service, Celeste m’avoua pourquoi elle avait entretenu le mensonge qu’Adrian avait choisi de me remplacer

Celeste m’entraîna vers un couloir réservé au personnel pendant que Daniel nous suivait à quelques pas. Adrian tenta de nous rejoindre, mais mon oncle l’intercepta brièvement près de la porte. Je ne pus entendre leurs mots. Je vis seulement le visage d’Adrian se fermer tandis que mon oncle lui parlait près de l’oreille.

Nous entrâmes dans une petite pièce servant de bureau temporaire au personnel de l’hôtel. Celeste ferma la porte derrière elle.

« Daniel reste », dis-je.

Elle regarda l’homme qui m’accompagnait, puis acquiesça.

« D’accord. »

Son assurance avait disparu. Elle posa les deux mains sur le bureau comme pour se stabiliser.

« Tu ne devrais pas être ici. »

« C’est toi qui as insisté pour que je sois invitée. »

« Je n’ai pas insisté pour que tu viennes. »

Je fronçai les sourcils.

« Adrian m’a dit le contraire. »

« Adrian croit que l’invitation venait de moi. »

Daniel échangea avec moi un regard bref.

« Qui l’a envoyée ? »

Celeste ferma les yeux un instant.

« Je ne sais pas exactement. »

« Ce n’est pas une réponse. »

« C’est la vérité. J’ai trouvé ton nom ajouté à la liste finale. Lorsque j’ai demandé à Adrian, il m’a dit que c’était moi qui avais dû l’ajouter avec les invitations familiales. Je lui ai répondu que non. Il a pensé que j’étais stressée et que j’avais oublié. »

« Et tu n’as rien fait ? »

« Je voulais comprendre. »

Je ris sans amusement. « Curieux. C’est aussi ce que tout le monde semble vouloir depuis huit mois. »

Celeste passa une main sur son ventre.

« Mia, les choses ne se sont pas passées comme tu le crois. »

Je sentis quelque chose se serrer dans ma poitrine. « Ne me dis pas que tu n’as pas couché avec mon mari. »

Elle ne détourna pas les yeux.

« Si. »

Au moins, elle ne mentit pas.

« Alors nous pouvons éviter la version où tu es innocente. »

« Je n’ai jamais dit que je l’étais. »

« Tu m’as envoyé des fleurs après mon divorce. »

Son expression changea.

« Quelles fleurs ? »

Je restai silencieuse.

« Les lys blancs. Avec une carte signée de ton nom. »

« Je ne t’ai jamais envoyé de fleurs. »

Je ressentis un vertige.

« J’ai la carte. »

« Je n’ai jamais écrit à ton domicile. Jamais. »

Daniel intervint. « Qui savait que vous connaissiez les problèmes de fertilité de Mia ? »

Celeste se tourna vers lui. « Adrian. Sa mère. Peut-être des gens au bureau. Il parlait parfois trop quand il était en colère. »

« Et son oncle ? »

Elle pâlit de nouveau.

« Pourquoi me posez-vous cette question ? »

« Répondez. »

Elle serra les lèvres.

« Oui. »

Je sentis ma colère se déplacer.

« Mon oncle connaissait vos conversations privées ? »

« Il venait parfois au bureau. »

« Pourquoi ? »

« Pour Northbridge. »

Le nom tomba comme une pierre.

« Depuis quand ? »

« Au moins deux ans. »

Je reculai jusqu’à la chaise derrière moi.

« Il m’a juré ne rien connaître aux affaires d’Adrian. »

Celeste eut un sourire amer. « Alors il t’a menti beaucoup plus qu’Adrian. »

La porte s’ouvrit brutalement.

Adrian entra.

« Qu’est-ce que tu lui racontes ? »

Daniel se plaça aussitôt entre lui et moi.

Adrian leva les mains. « Je ne vais rien faire. Je veux seulement savoir pourquoi ma femme a disparu de sa propre réception avec mon ex-femme et un inconnu. »

« Ta femme a quelque chose à me dire », répondis-je.

Celeste le regarda.

« Nous devons tout lui dire. »

Adrian blêmit.

« Pas ici. »

« C’est ce que tu dis depuis huit mois. »

« Parce qu’il y avait une raison. »

Je les regardai l’un puis l’autre.

« Quelle raison ? »

Adrian s’approcha du bureau sans me quitter des yeux. « Ton oncle. »

Je ressentis une colère presque absurde. « Tout à coup, chacun veut me parler de mon oncle. »

Adrian passa les mains dans ses cheveux.

« Parce qu’il a menacé de détruire l’entreprise si je ne faisais pas ce qu’il voulait. »

Je le fixai.

« Et ce qu’il voulait, c’était quoi ? Me quitter ? »

« Entre autres. »

Un rire m’échappa.

« Tu veux vraiment que je croie que tu as divorcé parce que mon oncle te l’a demandé ? »

« Non. »

Il hésita.

« Je veux que tu comprennes qu’il savait des choses que je ne pouvais pas expliquer sans risquer de te mettre dans une situation encore pire. »

« Tu m’as trompée. »

Son regard alla vers Celeste.

« Oui. »

« Mon oncle t’a forcé à coucher avec elle aussi ? »

Le silence devint pesant.

Celeste répondit avant lui.

« Non. Ça, c’était notre erreur. »

Adrian serra les mâchoires.

« Ça a commencé après qu’il m’avait déjà dit que je devais te quitter. »

Je me sentis presque déçue. Une part ridicule de moi aurait voulu que tout ait été faux, même l’infidélité. Mais la vérité gardait sa brutalité : Adrian avait peut-être été manipulé, menacé, utilisé. Il avait tout de même fait des choix.

« Pourquoi mon oncle voulait-il notre divorce ? »

Adrian regarda Daniel.

« Qui est-il vraiment ? »

« Quelqu’un qui n’a pas besoin de connaître tes secrets pour comprendre quand tu évites une question », répondit Daniel.

Adrian se tourna vers moi.

« Ton héritage. »

Je ne bougeai pas.

« Quoi, mon héritage ? »

« Ta grand-mère avait structuré une partie des actifs de manière à ce que certaines protections dépendent de ton statut matrimonial. »

Daniel fronça les sourcils.

« Expliquez précisément. »

Adrian inspira.

« Lorsqu’on était mariés, certains droits de contrôle indirects pouvaient être contestés si je revendiquais une participation ou si une fusion de patrimoines était prouvée. Mais en cas de divorce, plusieurs actifs revenaient sous gestion familiale restreinte. Ton oncle devenait administrateur provisoire de certaines structures jusqu’à ce que tu en reprennes le contrôle. »

Je regardai Adrian, incapable de croire ce que j’entendais.

« Tu connaissais ça ? »

« Pas au début. »

« Quand l’as-tu appris ? »

« Peu avant notre séparation. »

« Et tu ne m’as rien dit. »

« Parce que je pensais que ton oncle essayait simplement de protéger l’héritage. Puis j’ai découvert des transferts. »

« Les mêmes qu’Evelyn a trouvés ? »

Adrian me fixa.

« Evelyn sait ? »

Je ne répondis pas.

Daniel, lui, demanda : « Qu’avez-vous découvert ? »

Adrian jeta un regard vers la porte.

« Que l’argent quittait progressivement les structures protégées pour rejoindre des sociétés associées à Northbridge. »

« Votre entreprise ? »

« Pas la mienne. J’y travaille avec des partenaires. Je ne contrôle pas Northbridge. »

Celeste secoua la tête.

« C’est ce qu’il croyait. »

Adrian se tourna vers elle.

« Pas maintenant. »

« Si. Maintenant. »

Elle ouvrit son téléphone, parcourut plusieurs fichiers et me montra une photographie d’un document.

« J’ai trouvé ça il y a trois semaines. »

Je pris l’appareil.

Le document était une liste d’actionnaires indirects.

Un nom apparaissait derrière une société holding.

Celui de mon oncle.

Je dus relire plusieurs fois.

« Il possède Northbridge ? »

« Pas officiellement », dit Celeste. « Mais il contrôle une part significative à travers plusieurs sociétés. »

« Depuis quand ? »

« Je n’en sais rien. »

« Et Adrian ? »

« Adrian est la vitrine », répondit-elle. « Celui qui dirige certaines opérations, rencontre les investisseurs, apporte des clients. Il n’a jamais détenu autant de pouvoir qu’il le croyait. »

Adrian eut un rire amer.

« Merci. »

« Tu préfères continuer à mentir ? »

« J’essayais de la protéger. »

Je levai la voix. « Arrêtez tous les deux d’utiliser ce mot. »

Ils se turent.

« Pendant huit mois, chacun a fait des choses derrière mon dos en disant que c’était pour me protéger. Adrian, tu m’as laissé croire que je ne pouvais pas te donner une famille. Celeste, tu as couché avec un homme marié et tu as accepté de vivre publiquement avec lui. Mon oncle m’a conseillé de signer rapidement le divorce. Et maintenant vous me dites que tout cela tourne autour de l’argent de ma grand-mère. »

Adrian pâlit à la mention de la famille.

« Quoi ? »

Je compris trop tard.

Il avait saisi un mot que je n’avais pas voulu révéler.

« Rien. »

« Mia. »

Celeste le regarda, puis moi.

Son expression changea lentement.

« Tu as eu un enfant. »

Je ne répondis pas.

Adrian fit un pas.

Daniel posa immédiatement une main contre son torse.

« Restez où vous êtes. »

« Mia, regarde-moi. »

Je refusai.

« Est-ce que tu as eu un bébé ? »

Mon silence lui donna la réponse.

Il devint livide.

« Quand ? »

« Ce n’est pas le moment. »

« Quand ? »

« Il y a quelques semaines. »

Il ferma les yeux.

Lorsqu’il les rouvrit, il avait l’air blessé d’une manière presque insupportable.

« C’est le mien ? »

Je le regardai enfin.

« Oui. »

Celeste porta une main à sa bouche.

Adrian s’appuya contre le mur.

Pendant plusieurs secondes, il ne parla pas.

Puis il murmura : « Tu étais enceinte quand on a divorcé. »

« Je ne le savais pas encore. »

« Et après ? »

« Après, je ne te faisais plus confiance. »

Il accepta la phrase sans se défendre.

C’était peut-être la première fois.

Un bruit éclata dans le couloir.

Des voix. Des pas rapides.

Daniel ouvrit légèrement la porte.

Mon oncle se trouvait à quelques mètres, accompagné de deux hommes.

Il parlait au responsable de la sécurité.

« Cette femme n’a rien à faire ici », disait-il. « Faites-la sortir immédiatement. »

Adrian s’approcha de la porte.

« Il sait qu’on parle. »

Celeste regarda Daniel.

« Nous devons partir. »

Je serrai la clé USB de Margaret dans ma paume.

« Pas avant d’avoir récupéré Margaret. »

Daniel porta une main à son oreillette.

Son expression se durcit.

« Trop tard. »

« Quoi ? »

« Mme Hale a disparu de la salle. »

Je sentis mon estomac se nouer.

« Elle est partie ? »

« Non. Son sac est toujours à sa table. »

Adrian regarda mon oncle dans le couloir.

« Alors il l’a trouvée avant nous. »

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Le soir où Adrian a décidé que mon incapacité à devenir mère valait davantage que toutes ses promesses

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