PARTIE 6 – Le prétendu acheteur révèle pourquoi Marc préparait des passeports, tandis qu’une photographie retrouvée dans un dossier change la nature même du danger

Chloé crut d’abord avoir mal entendu.

« Répétez. »

Julien Morel resta silencieux quelques secondes.

« Marc m’a dit qu’après la transaction, il partirait à l’étranger avec votre fille. »

Chloé sentit tout son corps devenir froid.

« Où ? »

« Je ne sais pas exactement. »

« Vous venez de me dire qu’il devait quitter la France. »

« Oui. Mais il parlait de plusieurs possibilités. Portugal. Maroc. Peut-être Dubaï. Il changeait souvent d’idée. »

Chloé s’assit lentement.

Claire la regardait depuis l’autre bout du salon.

Un simple mouvement de Chloé lui suffit pour comprendre que quelque chose venait de se passer.

« Pourquoi aurait-il parlé de ça à un acheteur immobilier ? »

Julien inspira profondément.

« Parce que la transaction était compliquée. Il voulait que tout aille très vite. Il disait qu’il aurait besoin d’une partie des fonds immédiatement. »

« Vous saviez que la maison m’appartenait ? »

« Il disait qu’elle était à vous deux. »

« Il vous a montré une procuration ? »

« Oui. »

« Fausse. »

Le silence qui suivit fut plus long.

« Je ne le savais pas. »

Chloé ferma les yeux.

« Pourquoi avez-vous accepté un prix aussi bas ? »

Julien toussa légèrement.

« Parce qu’il voulait une vente rapide et que la maison nécessitait certains travaux. »

« Elle ne nécessite pas cent cinquante mille euros de travaux. »

« Je comprends votre réaction. »

« Non. Vous comprenez surtout que la police s’intéresse à vous. »

Julien ne répondit pas.

Chloé regarda Claire.

« Vous voulez me parler pour vous protéger ? »

« Je veux vous dire ce que je sais. »

« Alors dites tout. »

Il expliqua que Marc l’avait approché par l’intermédiaire d’un client de Sophie.

L’idée initiale consistait, selon lui, à obtenir un prêt grâce au bien immobilier, utiliser une partie de l’argent pour développer l’entreprise de Sophie, puis vendre rapidement la maison à sa société.

Julien devait ensuite effectuer des travaux légers et revendre le bien au prix du marché.

« Et Marc devait recevoir quoi en échange ? »

« Une commission privée sur la revente. »

Chloé sentit une nausée monter.

« Donc vous saviez qu’il vendait en dessous du marché pour recevoir de l’argent ailleurs. »

« Je pensais que vous étiez d’accord. »

« Bien sûr. »

« Madame Vernier, je sais comment ça sonne. »

« Ce n’est pas un problème de sonorité. »

Elle se leva.

« C’est un problème de documents falsifiés. »

Julien parla plus vite.

« Je n’ai falsifié aucun document. »

« Alors la police déterminera ce que vous saviez. »

Elle allait raccrocher lorsqu’il ajouta :

« Il y a autre chose. »

Chloé s’arrêta.

« Quoi ? »

« Marc m’a demandé si je connaissais quelqu’un capable d’organiser un déménagement discret. »

« Discret ? »

« Sans passer par une grande société. »

« Pourquoi ? »

« Il disait qu’il ne voulait pas que son épouse voie des factures avant son retour. »

Chloé sentit ses doigts se crisper.

« Il avait déjà commencé à déménager ? »

« Je ne sais pas. »

« Il vous a parlé de Léa ? »

« Oui. »

« Comment ? »

Julien hésita.

« Il disait qu’elle s’adapterait. »

Chloé raccrocha peu après.

Elle appela immédiatement son avocat.

Maître Delcourt transmit l’information aux enquêteurs.

Claire attendit que Chloé repose son téléphone.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

Chloé regarda la porte de la chambre où Léa dormait.

« Marc prévoyait de partir avec elle. »

Claire ne parla pas.

« À l’étranger », ajouta Chloé.

« Il avait des papiers ? »

Cette question fit sursauter Chloé.

« Les passeports. »

Elle se leva brutalement.

« Quoi ? »

« Nos passeports étaient dans le coffre du bureau. »

« Tu les as vus quand tu es retournée dans la maison ? »

« Non. »

Elle appela l’officier chargé du dossier.

Vingt minutes plus tard, elle était de nouveau dans la maison, accompagnée de deux policiers.

Le petit coffre métallique se trouvait derrière une rangée de dossiers dans le placard du bureau.

Chloé entra le code.

La porte s’ouvrit.

Son passeport était là.

Celui de Léa ne l’était pas.

Chloé resta accroupie devant le coffre.

« Il l’a pris. »

Un policier photographia l’intérieur.

« Vous êtes certaine qu’il y était ? »

« Absolument. Les trois passeports étaient toujours ensemble. »

« Celui de votre mari ? »

« Il gardait le sien ailleurs depuis son dernier voyage professionnel. »

L’officier nota l’information.

« Nous allons demander immédiatement son inscription dans le dossier de protection de l’enfant et vérifier les mouvements aux frontières. »

Chloé se releva.

« Il pourrait déjà avoir fait un duplicata ? »

« C’est possible, mais les autorités peuvent vérifier les demandes récentes. »

Cette nuit-là, elle dormit moins de deux heures.

Chaque fois qu’elle fermait les yeux, elle voyait Léa dans un aéroport avec Marc.

Une valise rose.

Une porte d’embarquement.

Une destination inconnue.

Au matin, une première réponse arriva.

Aucun passage récent de Léa à une frontière n’avait été enregistré.

Son passeport restait valide.

Mais une demande de copie intégrale d’acte de naissance avait été effectuée trois semaines auparavant.

Par Marc.

Chloé lut deux fois le message transmis par son avocat.

« Pourquoi aurait-il besoin d’un acte de naissance ? »

Maître Delcourt répondit :

« Inscription scolaire à l’étranger, démarches consulaires, résidence, parfois simple dossier administratif. Cela ne prouve pas une destination précise. »

« Mais ça correspond. »

« Oui. »

Chloé regarda Léa construire une tour avec des cubes sur le tapis.

L’enfant releva les yeux.

« Maman, tu regardes encore ton téléphone bizarrement. »

Chloé posa l’appareil.

« Comment ça, bizarrement ? »

Léa imita son visage en fronçant les sourcils.

Malgré elle, Chloé sourit.

« Je ressemble vraiment à ça ? »

« Pire. »

Claire éclata de rire depuis la cuisine.

Pendant quelques secondes, l’atmosphère se détendit.

Puis Léa ajouta :

« Papa disait pareil quand il regardait les billets. »

Chloé se figea.

« Quels billets ? »

Elle regretta la question immédiatement.

Elle ne voulait pas interroger sa fille.

Elle changea de ton.

« Tu sais quoi ? Tu me raconteras ça avec Madame Perrin si elle te demande. Pas besoin maintenant. »

Mais Léa avait déjà repris :

« Les billets d’avion. »

Chloé resta silencieuse.

« Il avait imprimé des avions. »

« Des billets avec ton nom ? »

Léa haussa les épaules.

« Il y avait mon prénom. »

Chloé échangea un regard avec Claire.

Elle n’insista pas.

La psychologue fut informée.

Lors d’un entretien ultérieur, Léa expliqua qu’elle avait vu une feuille avec son prénom, celui de son père et « une ville avec beaucoup de lettres ».

Elle ne savait pas laquelle.

Les enquêteurs cherchèrent dans l’ordinateur familial.

Ils trouvèrent des historiques de recherche.

Écoles francophones au Portugal.

Location longue durée Lisbonne.

Compte bancaire non-résident.

Voyager avec un enfant quand l’autre parent est absent.

Autorisation de sortie du territoire.

Chloé lut cette liste dans le bureau de Maître Delcourt.

Son avocat posa une feuille supplémentaire devant elle.

« Il a aussi téléchargé un modèle d’autorisation parentale. »

« Avec ma signature ? »

« Pas encore vérifié. »

Quelques heures plus tard, le document fut extrait.

Le nom de Chloé apparaissait.

Sa fausse signature également.

Elle dut marcher jusqu’à la fenêtre.

En bas, les voitures passaient sous la pluie.

« Il comptait vraiment partir. »

Maître Delcourt ne répondit pas immédiatement.

« Les éléments commencent à converger dans ce sens. »

« Et si je n’étais pas rentrée ? »

La question resta suspendue.

Chloé connaissait déjà la réponse la plus probable.

La banque aurait continué son traitement.

La maison aurait peut-être été engagée.

Marc aurait disposé d’argent.

Léa aurait disparu avec lui.

Et elle serait rentrée trois semaines plus tard dans une maison vide ou vendue.

Son téléphone vibra.

Un message de la police.

Ils avaient perquisitionné l’appartement de Sophie.

Parmi les documents récupérés se trouvaient des copies de passeports, des devis d’aménagement, des relevés bancaires et un dossier portant simplement la mention « APRÈS ».

Chloé demanda ce qu’il contenait.

La réponse arriva une heure plus tard.

Photocopies de documents d’identité.

Informations sur des locations à Lisbonne.

Une liste manuscrite de dépenses.

Et plusieurs photographies imprimées.

L’une d’elles montrait Marc et Sophie devant une maison blanche au Portugal.

Une autre montrait une école.

Une troisième, plus récente, fit arrêter Chloé au milieu de sa respiration.

On y voyait Léa.

La photo avait été prise devant leur maison.

À son insu.

Sur le bord inférieur, quelqu’un avait écrit au stylo :

Passeport + école + départ avant le 20.

Chloé relut la phrase.

« Avant le 20… »

Maître Delcourt consulta le calendrier.

« Vous deviez rentrer le 22. »

Chloé sentit une rage glacée monter lentement.

« Ils prévoyaient de partir deux jours avant mon retour. »

Puis elle remarqua un détail sur la photographie.

Dans le reflet de la vitre derrière Léa apparaissait une silhouette.

Pas Marc.

Pas Sophie.

Un homme.

Grand.

Veste sombre.

Le visage indistinct, mais suffisamment visible pour que la police procède à une comparaison.

Une heure plus tard, ils eurent un nom.

Julien Morel.

L’homme qui venait d’assurer à Chloé qu’il ignorait presque tout du projet de départ connaissait Léa.

Il s’était rendu chez eux.

Et il avait été présent lorsque quelqu’un photographiait l’enfant pour préparer sa disparition.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 7 : Quand Julien tente de se dissocier du complot, un enregistrement oublié montre qui a réellement imaginé de faire disparaître Chloé du dossier

Story Parts

Trois semaines avant la date prévue, Chloé pousse sa porte et comprend que quelque chose d’impardonnable s’est produit dans son absence

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