PARTIE 11 — « RETIRE TA PLAINTE ET ON RÈGLE LE RESTE »

Deux jours après avoir appris le montant du gain, Ludovic m’envoya un message.

Il faut qu’on trouve un accord global.

Je le transmis à Élodie.

Elle répondit par son avocat.

Puis une proposition arriva.

Ludovic acceptait de me céder sa quote-part de la maison à un prix inférieur à l’évaluation qu’il réclamait jusque-là.

En échange, il souhaitait :

une transaction très favorable sur les aspects financiers du divorce,

et surtout que « les parties œuvrent à mettre un terme aux démarches contentieuses relatives au compromis ».

Je relus cette phrase.

— Il me demande de retirer ma plainte ?

Élodie resta prudente.

— Il formule cela de manière plus ambiguë.

— Mais nous ne allons pas marchander une position pénale contre un avantage patrimonial.

Je hochai la tête.

Je ne voulais pas devenir le miroir de Ludovic.

Utiliser un dossier pour prendre davantage ailleurs.

Nous avons répondu séparément.

Sur la maison :

nous pouvions discuter d’une cession ou d’une vente à la valeur déterminée de manière indépendante.

Sur le divorce :

nous pouvions négocier dans le respect des droits de chacun.

Sur la procédure pénale :

elle suivrait son cours.

Ludovic m’appela directement le soir même.

Je n’aurais pas dû répondre.

Je le fis.

— Tu veux me détruire.

— Non.

— Arrête avec ce ton.

— Quel ton ?

— Comme si tu étais au-dessus de tout maintenant.

Je regardai la cuisine de mon père.

Même toile cirée vieille de vingt ans.

Même tasse.

— Je ne suis pas au-dessus.

— Tu as soixante-treize millions.

— Et alors ?

Il se mit à rire.

— Tu peux faire ce que tu veux.

Voilà le fantasme.

L’argent absolu.

Le pouvoir absolu.

Je ai appris depuis que les gens qui n’ont jamais eu beaucoup d’argent imaginent parfois la richesse comme la fin des règles.

En réalité, plus les montants grandissent, plus les règles deviennent importantes si l’on veut rester sain.

— Non.

— Je ne peux pas faire ce que je veux.

Puis :

— Je peux surtout dire non sans avoir peur de ne plus payer mon loyer le mois suivant.

Silence.

Cette différence était immense.

— Nathalie…

Sa voix changea.

Je reconnus celle du matin derrière la porte.

Douce.

Commerciale.

— On a été heureux.

Je fermai les yeux.

— Oui.

Il sembla surpris.

— Oui ?

— Oui, Ludovic.

— On a été heureux parfois.

Puis :

— C’est aussi pour ça que ce que tu as fait fait mal.

Il ne répondit pas.

— Je suis désolé pour Constance.

— D’accord.

— Et pour la maison.

Je attendis.

— J’ai paniqué.

Toujours ce verbe.

Paniqué.

Comme si une crise de panique avait ouvert un logiciel, créé une fausse adresse, produit un compromis et reproduit ma signature.

— Tu as paniqué pendant combien de semaines ?

Il se tut.

— Voilà.

Puis il dit :

— Tu vas me laisser sans rien.

Je regardai le plafond.

— Tu auras ta part de ce qui t’appartient.

— Tes droits.

— Les comptes établis correctement.

— Rien de moins.

Puis :

— Mais je ne vais plus te donner davantage uniquement parce que tu me fais culpabiliser.

Il murmura :

— Tu n’étais pas comme ça avant.

Je répondis :

— Si.

Puis :

— Avant, je pouvais me permettre de te croire.

Je raccrochai.

Je n’ai plus répondu directement pendant des mois.

PARTIE 12 — LA SIGNATURE

Story Parts

MON MARI M’A DONNÉ JUSQU’À DIMANCHE POUR QUITTER « SA » MAISON — IL IGNORAIT QUE J’AVAIS GAGNÉ 73 MILLIONS

Part 6 of 10

Previous: Part 5
Next: Part 7