PARTIE 2 – En lui annonçant une maladie imaginaire, je pensais découvrir ses intentions, mais sa première réaction a révélé une vérité que je refusais de voir

« Depuis quand le sais-tu ? » demanda Skyla. Sa voix était si basse que je dus me pencher légèrement pour l’entendre. Elle ne me lâchait pas la main. Je venais de lui expliquer que des examens avaient révélé un problème médical grave et que les médecins envisageaient un traitement important. Pendant quelques secondes, elle était restée immobile, comme si mon annonce avait suspendu tous ses gestes. Puis elle avait repris la parole, non pour me demander ce que cette maladie changerait à notre vie matérielle, mais pour comprendre depuis combien de temps je portais seul une inquiétude aussi lourde.

Je répondis que les premiers résultats étaient récents et qu’une nouvelle consultation devait permettre de déterminer la suite. Elle me demanda quels symptômes m’avaient conduit à consulter. Cette question me prit au dépourvu. Je n’avais préparé qu’une explication générale, suffisamment vague pour éviter les contradictions. Je parlai d’une fatigue inhabituelle et de plusieurs signes qui avaient préoccupé mon médecin. Skyla écouta attentivement. Lorsqu’elle me demanda le nom du spécialiste, je prétendis ne pas vouloir me perdre dans les détails avant d’en savoir davantage. Elle accepta cette réponse avec réticence, persuadée que je cherchais à me protéger d’une peur trop importante.

Elle rapprocha sa chaise. « Tu aurais dû me le dire dès que tu as commencé à t’inquiéter », murmura-t-elle. Je lui répondis que je ne voulais pas l’alarmer inutilement. Elle passa le pouce sur le dos de ma main, un geste familier qu’elle faisait lorsqu’elle cherchait à me rassurer. « Je préfère avoir peur avec toi plutôt que te savoir seul dans une situation pareille. » J’aurais dû arrêter immédiatement. La sincérité de cette phrase ne permettait aucun doute raisonnable sur son attachement. Pourtant, je me persuadai qu’une déclaration faite dans les premiers instants d’une mauvaise nouvelle ne constituait pas une preuve suffisante.

Skyla prit quelques secondes pour organiser ses pensées. Elle voulait savoir si le traitement devait commencer rapidement, combien de rendez-vous seraient nécessaires et si je souhaitais qu’elle m’accompagne. Je répondis que tout restait incertain. Elle proposa aussitôt de modifier ses horaires au restaurant si une consultation importante tombait pendant son service. Elle pouvait également demander à un camarade de lui transmettre les notes d’un cours auquel elle ne pourrait pas assister. Je l’observais décrire ces ajustements avec une précision presque professionnelle. Elle n’ignorait pas les sacrifices que ces décisions impliqueraient. Elle essayait simplement de rendre possible ce qu’elle considérait déjà comme nécessaire.

Je décidai alors d’aborder la question financière. Je lui expliquai que le traitement envisagé coûtait extrêmement cher et que les conditions de remboursement compliquaient la situation. Elle fronça les sourcils. « Ton assurance ne prendrait pas les soins en charge ? » Je répondis que certaines dépenses risquaient d’être exclues et que les procédures seraient particulièrement difficiles. Elle demanda si j’avais obtenu une confirmation écrite. Je prétendis que les renseignements disponibles étaient encore incomplets. Skyla garda le silence quelques secondes, puis déclara qu’il fallait éviter de tirer des conclusions avant d’avoir examiné les documents.

Cette réaction m’irrita presque. Je voulais la confronter à une impossibilité financière. Elle cherchait déjà les moyens de vérifier si cette impossibilité existait réellement. Je lui dis donc que les médecins avaient évoqué un montant immense, bien supérieur à ce qu’elle pouvait imaginer. Je pris soin de laisser entendre que mes liquidités ne permettraient pas de faire face rapidement à une telle dépense. Elle répéta la somme à voix basse, puis regarda par la fenêtre. Je crus apercevoir le moment où elle comprenait que l’homme riche qu’elle fréquentait pouvait soudain devenir un homme incapable d’assurer sa propre sécurité.

Mais sa question suivante ne concernait ni mon entreprise, ni mes propriétés, ni l’argent qui pourrait rester après les soins. « Combien de temps avons-nous avant qu’il faille payer ? » demanda-t-elle. Je fus surpris par le pronom. Elle avait dit « nous », comme si le problème venait de devenir une responsabilité partagée. Je répondis que je n’avais pas encore obtenu de délai précis. Skyla se redressa. « Alors c’est la première chose à demander. On ne peut pas réfléchir correctement sans connaître l’urgence. » Elle parlait fermement, mais ses doigts tremblaient légèrement lorsqu’elle prit son téléphone.

Elle proposa de consulter un second médecin. Elle voulait également comprendre si d’autres établissements pouvaient offrir les mêmes soins, quelles démarches seraient nécessaires auprès de l’assureur et si certaines associations accompagnaient les patients confrontés à des dépenses importantes. Elle ne semblait nullement croire qu’il suffirait de faire quelques appels pour résoudre la situation. Au contraire, elle répétait qu’il fallait obtenir des renseignements fiables. Je l’écoutais sans parvenir à décider si son calme apparent me rassurait ou m’accablait. Plus elle s’investissait, plus le mensonge devenait difficile à interrompre.

Je tentai de freiner son enthousiasme. Je lui dis qu’elle ne pouvait pas résoudre tous mes problèmes et qu’elle devait continuer à se concentrer sur ses études. Elle me regarda avec une expression presque offensée. « Je ne suis pas en train de prétendre que je peux te guérir, Archie. Je veux seulement comprendre ce qu’on peut faire. » Elle marqua une pause avant d’ajouter : « Et je ne vais pas te laisser te débattre tout seul avec des papiers et des appels parce que tu as peur de me déranger. » Je hochai la tête. À cet instant, je ne savais déjà plus très bien quel résultat j’attendais de mon prétendu test.

Nous restâmes à la table pendant une grande partie de la soirée. Skyla sortit de son sac le carnet dans lequel elle notait habituellement ses dépenses et ses échéances universitaires. Elle tourna plusieurs pages avant d’en choisir une vierge. Elle écrivit des questions sur le diagnostic, le traitement, les délais, les remboursements et les possibilités d’obtenir un deuxième avis. Son écriture était petite, régulière, avec certains mots soulignés d’un trait ferme. Je regardais cette liste s’allonger en comprenant que chaque ligne représentait une difficulté que j’aurais dû inventer pour continuer à soutenir mon histoire.

Lorsqu’elle eut terminé, elle me demanda de lui promettre que je poserais ces questions à mon médecin. Je répondis oui, presque mécaniquement. Elle me montra ensuite les espaces laissés entre les différents points, afin que je puisse ajouter les réponses. Je ne pus m’empêcher de penser à ses journées trop chargées, à ses fiches de révision et aux heures de sommeil qu’elle sacrifierait probablement pour chercher des solutions. Une culpabilité désagréable commença à remplacer ma curiosité. J’aurais voulu que cette émotion suffise à me faire avouer la vérité. Mais je redoutais plus encore le regard qu’elle poserait sur moi en apprenant que j’avais inventé une menace contre ma propre vie.

Avant de partir, Skyla me demanda une dernière fois si je préférais qu’elle reste. Je répondis qu’elle devait rentrer se reposer. Elle ramassa son sac, puis s’approcha pour me serrer contre elle. Elle resta ainsi longtemps, le front posé près de mon épaule. Je sentais sa respiration irrégulière. Elle n’essayait plus de paraître parfaitement calme. Lorsqu’elle se recula, ses yeux étaient humides. Elle me dit qu’elle m’aimait et qu’elle ne voulait pas que je lui cache désormais des informations importantes. Je lui promis de la tenir au courant. Ce mensonge supplémentaire me parut presque plus honteux que le premier.

Le lendemain matin, je trouvai plusieurs messages sur mon téléphone. Skyla voulait savoir si j’avais dormi. Elle avait également envoyé les coordonnées de deux organismes susceptibles d’orienter les patients dans leurs démarches médicales. Entre ses cours, elle avait commencé à rechercher des informations sur les contestations de remboursement et les possibilités de soutien administratif. Je lus ses messages au bureau, devant une pile de contrats en attente de signature. Pour la première fois depuis longtemps, les chiffres imprimés sur ces documents me semblèrent dérisoires. J’avais créé un problème inexistant dans la vie d’une personne qui possédait déjà suffisamment de responsabilités.

Je lui répondis que ses recherches étaient généreuses, mais qu’elle ne devait pas se fatiguer davantage. Elle m’appela peu après. « Archie, je préfère perdre une heure à vérifier quelque chose plutôt que regretter de ne pas l’avoir fait », expliqua-t-elle. Elle voulait connaître les coordonnées du médecin et obtenir une copie des informations médicales disponibles. Je prétendis que les documents se trouvaient encore dans un dossier auquel je n’avais pas facilement accès. Elle suggéra que je demande au cabinet de me les transmettre. J’inventai alors une complication administrative. Je l’entendis soupirer doucement, non par impatience contre moi, mais parce qu’elle s’inquiétait de voir les démarches retardées.

Au fil de la journée, elle m’envoya d’autres renseignements. Certains établissements disposaient de services capables d’aider les malades à comprendre leurs dépenses. Des décisions d’assurance pouvaient parfois faire l’objet d’un réexamen. Des conseillers spécialisés pouvaient également orienter les personnes qui ne savaient pas par où commencer. Skyla précisait que rien n’était garanti et que nous aurions besoin de documents exacts. Cette prudence rendait ses efforts encore plus bouleversants. Elle ne se racontait pas d’histoire rassurante. Elle cherchait des moyens concrets d’agir dans les limites de ce qu’elle savait.

Je passai une partie de l’après-midi à essayer de trouver une issue qui ne m’obligerait pas à avouer mon mensonge. Je pourrais annoncer que les derniers examens étaient moins inquiétants que prévu. Je pourrais prétendre que l’assurance avait finalement accepté de financer les soins. Une autre possibilité serait de dire qu’un spécialiste avait découvert une erreur dans le premier diagnostic. Chacune de ces solutions exigeait cependant de fabriquer de nouvelles informations et de laisser Skyla croire, au moins pendant un certain temps, qu’elle avait réellement failli me perdre. Je savais que ce serait cruel. Pourtant, je n’étais pas encore prêt à accepter les conséquences d’un aveu.

Le soir, elle arriva chez moi avec une fatigue visible. Ses cheveux étaient attachés sans soin, ses chaussures lui faisaient mal et elle avait à peine eu le temps de dîner pendant son service. Je lui proposai de commander quelque chose. Elle accepta, puis posa son carnet sur la table. Avant même que le repas arrive, elle commença à reprendre les différentes possibilités qu’elle avait découvertes. Je remarquai plusieurs annotations nouvelles dans les marges. Certaines étaient accompagnées d’heures d’ouverture ou de numéros de téléphone. Elle avait manifestement utilisé ses pauses pour téléphoner et noter les réponses obtenues.

Je l’interrompis en disant que j’avais déjà exploré la plupart de ces pistes. Skyla leva les yeux, surprise. Elle me demanda auprès de quels organismes j’avais entrepris des démarches. Je répondis vaguement que plusieurs services m’avaient opposé des refus. Elle voulut connaître les raisons précises de ces décisions. Je prétendis que les explications avaient été confuses. Son expression changea légèrement. Elle n’avait pas l’air de me soupçonner de mentir. Elle semblait plutôt se demander pourquoi je ne conservais aucune trace de démarches aussi importantes.

« Est-ce que tu peux me montrer les courriels ? » demanda-t-elle. Je répondis que je ne voulais pas passer la soirée à examiner des documents médicaux. Elle resta silencieuse un instant. Puis elle referma son carnet. « Je comprends que ce soit difficile pour toi. Mais si tu refuses de me donner les informations, je ne sais pas comment t’aider. » Il n’y avait aucune accusation dans ses paroles. C’était une constatation simple, et elle me fit plus mal qu’un reproche. Je réalisai que je venais de l’obliger à choisir entre respecter ma prétendue détresse et accomplir les démarches qu’elle jugeait indispensables.

Nous mangeâmes dans un silence inhabituel. Skyla essayait de maintenir une conversation ordinaire. Elle me raconta qu’un client du restaurant avait contesté une addition avant de découvrir qu’il avait lui-même commandé le plat supplémentaire. Je souris au bon moment, mais je n’écoutais qu’à moitié. À plusieurs reprises, elle me demanda si j’avais mal quelque part ou si je souhaitais me reposer. Chaque question me rappelait que sa sollicitude reposait sur une fiction. Je ne pouvais plus recevoir ses gestes sans penser à la peur que je lui avais imposée.

Après le dîner, elle se leva pour débarrasser la table. Je l’arrêtai en lui disant qu’elle avait déjà suffisamment travaillé. Elle accepta de s’asseoir, puis observa longuement les lumières de la ville. « J’ai pensé à quelque chose aujourd’hui », finit-elle par dire. Je lui demandai quoi. Elle expliqua qu’une connaissance de sa grand-mère avait autrefois traversé une grave maladie et connaissait peut-être des personnes capables d’aider les patients à s’orienter. Je l’avais déjà entendue mentionner cette femme, sans vraiment retenir les détails. Skyla semblait hésiter à développer son idée avant d’en savoir davantage.

Je lui demandai si elle envisageait de la contacter. Elle répondit que oui, peut-être, mais qu’elle souhaitait d’abord vérifier si cela pourrait être utile. Elle me regarda ensuite avec une gravité nouvelle. « Je veux bien respecter ton besoin de calme, Archie. Mais il faudra que tu m'aides aussi. Il faut connaître les faits, pas seulement les mauvaises nouvelles. » Je lui promis une fois de plus de fournir des renseignements précis après ma prochaine consultation. Je vis à son expression qu’elle avait envie de me croire. Elle ne cherchait pas une preuve de ma loyauté. Elle essayait de me faire comprendre que nous ne pouvions affronter une difficulté réelle en restant chacun prisonnier de ses suppositions.

Lorsqu’elle partit, elle emporta son carnet et plusieurs feuilles imprimées. Je restai près de la porte après l’avoir refermée. L’appartement paraissait étrangement vaste. Je me rappelai que, quelques jours auparavant, je redoutais qu’elle ne soit avec moi pour mon argent. À présent, elle consacrait ses rares heures disponibles à chercher comment m’aider alors qu’elle me croyait incapable de payer des soins. Les avertissements de mon entourage perdaient leur cohérence, mais j’avais déjà engagé notre relation dans une situation beaucoup plus dangereuse que mes anciennes inquiétudes.

Plus tard dans la nuit, un message apparut sur mon téléphone. Skyla me demanda de ne prendre aucune décision précipitée au sujet du traitement et de conserver tous les documents médicaux. Elle ajouta qu’elle avait trouvé une piste qu’elle voulait examiner sérieusement. Nous en parlerions le lendemain. Je fixai ces mots pendant plusieurs minutes. Sa détermination aurait dû me rassurer complètement. Mais une autre émotion commençait à grandir : la peur qu’elle découvre mon mensonge avant que j’aie trouvé le courage de le lui avouer. Je m’endormis tard, après avoir décidé qu’il fallait mettre fin à cette histoire dès notre prochaine conversation.

Au réveil, pourtant, je découvris que Skyla avait pris une décision sans m’attendre. Elle m’avait envoyé un nouveau message, beaucoup plus court que les précédents. Elle devait partir pendant cinq jours, et elle me demandait expressément de ne pas l’appeler pendant son absence. Elle ne précisait ni sa destination ni ce qu’elle comptait faire. Je relus le texte, incrédule. La veille, elle cherchait encore comment sauver l’homme qu’elle croyait malade. Ce matin-là, elle semblait soudain vouloir disparaître de sa vie. Et malgré toutes les preuves de son affection, la première pensée qui traversa mon esprit fut que mes parents avaient peut-être eu raison.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 3 : Lorsqu’elle a disparu sans explication pendant cinq jours, j’ai commencé à découvrir combien mes soupçons avaient déformé nos plus beaux souvenirs

Story Parts

Je croyais connaître le prix de chaque chose, jusqu’au jour où les avertissements de ma famille ont commencé à empoisonner mon histoire d’amour

Part 2 of 15

Previous: Part 1
Next: Part 3