À 9 h 20, on m’a laissé entrer en réanimation avec une blouse jetable par-dessus mon sweat et une charlotte sur les cheveux.
Léa dormait. Ce n’était pas du sommeil. Je le savais parce que je connais son sommeil : elle dort sur le côté, un genou remonté, la main sous la joue. Là, elle était sur le dos. Une perfusion dans chaque bras, un fil à son doigt, un écran qui bipait au-dessus de sa tête, des chiffres verts que je ne savais pas lire.
« Elle fait un choc septique, m’a dit un jeune interne, celui qui avait mis le vert sur le dossier de Léa. Une infection qui est partie de l’utérus après l’accouchement. Elle n’a pas été traitée, alors elle est passée dans le sang. Sa tension est basse, ses reins souffrent. On la soutient avec des médicaments. Elle réagit aux antibiotiques, un peu. Il y a un “un peu” qui compte. »
Je me suis tenu au pied du lit.
« Elle va se réveiller quand ?
— Je ne sais pas. Je ne vais pas vous mentir. Le pronostic est réservé pour les quarante-huit prochaines heures. »
Réservé. Je n’avais jamais compris ce mot avant. Réservé, comme une table au restaurant. Comme si on avait mis son nom de côté pour plus tard.
Je lui ai pris la main. Elle était tiède, mais pas à sa température. Ses ongles étaient courts, coupés en rond, comme toujours, parce qu’elle est auxiliaire de vie et qu’elle ne supporte pas d’avoir les ongles longs sur les gens. Sur son pouce, une trace de stylo bleu.
Je ne me suis pas demandé pourquoi. Pas encore.
À 10 h 40, une infirmière m’a conduit à la pédiatrie, deux étages plus bas.
Enzo était dans un lit en plastique transparent, aux barreaux bas, avec une couverture en molleton imprimée de petits ours. On lui avait coupé le bracelet de la maternité. Un nouveau, minuscule, tenait juste autour de sa cheville.
Le docteur Martin, un homme un peu rond, avec une cravate à rayures et une voix de bibliothécaire, m’a tendu un tableau.
« À sa naissance, il pesait trois kilos quatre cents. Ce matin, deux kilos neuf cent. »
J’ai fait le calcul sans le vouloir. Cinq cents grammes. Un demi-paquet de sucre en moins sur un bébé qui tient dans mes deux mains.
« C’est quatorze pour cent de son poids. C’est beaucoup trop. »
« Il n’a pas mangé ?
— Il a mangé un peu. Mais pas assez, et pas ce qu’il fallait. Son taux de sodium est très élevé, c’est un signe de déshydratation. Quand un nourrisson boit un lait trop dilué, il a l’air de manger, il se calme parfois dix minutes, et il se dessèche quand même. Les bébés ne tiennent pas longtemps comme ça. »
J’ai pensé à la voix de Maman au téléphone. « Il vient de manger. » Je l’avais crue parce que je n’avais aucune raison de ne pas la croire.
« Et la peau rouge sur ses jambes ?
— Des brûlures d’urine. Il est resté dans des couches mouillées beaucoup trop longtemps. Ça se soigne très bien. Ça se voit beaucoup. »
Le docteur Martin n’a pas dit « négligence ». Il n’a pas dit « maltraitance ». Il a juste refermé le dossier sur son stylo et m’a regardé comme on regarde quelqu’un qu’on ne veut pas faire tomber.
« Vous pouvez le prendre. Doucement. Il est très fatigué. »
Je l’ai pris. Il pesait presque rien. Il a ouvert un œil, a regardé mon menton, a refermé l’œil. Sa main s’est ouverte, puis s’est refermée sur mon petit doigt.
Pas fort. Juste assez.
Je n’ai pas pleuré. J’ai attendu d’être sûr que ma voix ne bougerait pas, et j’ai dit, très bas, à son oreille :
« Je suis revenu. »
Ensuite, mon téléphone a vibré dans ma poche. Garcia.
« Je suis chez vous. On a fini la première pièce. Vous voulez que je vous dise ou que je vous montre ? »
Elle a envoyé trois photos, l’une après l’autre.
La première : la cuisine, la table encombrée, des boîtes de pizza, des assiettes en carton, des gobelets de café. Sur le plan de travail, un biberon à moitié plein, avec une petite étiquette au marqueur, de l’écriture ronde de Manon : « Éco ».
La deuxième : le placard de la cuisine, ouvert. Une boîte de lait premier âge, entamée. Deux autres, neuves, encore sous cellophane, au fond. Quatorze euros pièce, d’après l’étiquette Leclerc.
La troisième : un Post-it jaune, collé au bord du placard.
« Maman dit : 1 mesure pour 60. Il a trop mangé hier. Faut pas le gaver. »
Garcia a rappelé.
« Les deux boîtes neuves sont là, monsieur Lucas. Ce n’est pas par manque d’argent. »
« Alors c’est quoi ?
— Je ne sais pas encore. Peut-être une vieille idée. Qu’un bébé, ça ne doit pas manger à sa faim, sinon “il prend de mauvaises habitudes”. Peut-être pire. Je vous le dirai quand je saurai. »
Je me suis assis sur une chaise pour parents, une petite chaise en plastique orange. Enzo respirait contre ma poitrine. L’infirmière est passée, a ajusté le goutte-à-goutte, m’a donné un biberon.
« Un bon, cette fois, a-t-elle dit. Six mesures pour 180. Pas une de moins. »
Elle l’a dit sans arrière-pensée. Mais je l’ai gardé, ce chiffre. Six pour 180. Je me suis demandé combien de fois, pendant quatre jours, j’avais téléphoné pour entendre qu’il venait de manger.
À 11 h 30, la docteure Moreau est entrée dans la chambre. Elle avait changé de blouse. Elle tenait une feuille.
« Monsieur Lucas. Le signalement est parti à neuf heures, au procureur de la République, avec une copie pour le juge des enfants. »
« Qu’est-ce que ça change ?
— Beaucoup de choses. La plus urgente, c’est ça. » Elle a baissé la voix. « Votre femme est en réanimation, votre fils est ici. Votre mère et votre sœur sont en garde à vue depuis 8 h 30. Vous, la police vous a entendu, mais votre nom est dans la même déclaration que les leurs, avec le mot “contrainte”. Le juge des enfants va devoir décider ce soir où dort Enzo, à sa sortie de pédiatrie.
— Il dort avec moi. C’est mon fils.
— Il dormira où l’on vous dira qu’il peut dormir, a-t-elle répondu doucement. Et ils tranchent à 18 heures. »
Elle m’a regardé un long moment.
« Je suis désolée. Si j’avais le choix, j’écrirais autre chose. »
Elle est sortie. J’ai regardé la pendule au-dessus de la porte.
Il était 11 h 34. J’avais six heures et vingt-six minutes pour prouver que je n’étais pas le coupable qu’on venait de me fabriquer.
Sur le pouce de Léa, il y avait de l’encre bleue. Il m’a fallu jusqu’à midi pour comprendre pourquoi ça me poursuivait.
Je suis remonté en réanimation, après que l’infirmière a pris Enzo pour sa pesée. Je n’avais pas le droit de rester plus de dix minutes. Je me suis penché sur sa main et j’ai regardé la tache. Une petite ligne irrégulière, qui part de l’ongle et remonte vers la première phalange. Pas une tache de stylo sali. Une trace d’appui, comme quand on écrit longtemps avec un stylo qu’on serre trop fort.
Léa ne tenait pas un stylo comme ça, d’habitude. Elle écrivait les menus de la semaine sur le frigo avec des feutres de couleur. Quand elle serrait le stylo bille, c’était pour les transmissions, au travail, les fiches de ses vieux messieurs et de ses vieilles dames. Ses chiffres à elle, ses petits chiffres bien nets, que sa cadre de santé citait en exemple.
À 12 h 15, Garcia est entrée dans le service, un sachet transparent à la main, avec une étiquette de scellé collée dessus.
Elle ne m’a pas dit bonjour. Elle a juste tourné la boîte entre ses doigts gantés.
« C’est celle de la table de nuit. Doliprane, mille milligrammes, seize comprimés. Vide. On l’a mise de côté dès la perquisition. Je l’ai ouverte à plat sur le bureau de la brigade ce matin. »
Elle a sorti du sachet un rectangle de carton, dépliée comme un patron de couture.
« Retournez-la. »
J’ai pris le carton dans mes mains. Au dos, sur le rabat de fermeture, il y avait des chiffres, écrits au stylo bleu, tout petits, en colonnes.
mar. 22 h : 38,4
mer. 6 h : 38,9
mer. 14 h : 39,1
mer. 22 h : 39,6
jeu. 6 h : 39,8
Et, à côté, sur la ligne du bas, d’une écriture plus tremblée :
15 ✗ (Chantal). 15 ✗ (Manon). 15 ✗ (Chantal a pris mon tel).
« Elle a noté ses températures, a dit Garcia. Au même rythme que dans les services. Elle a eu un thermomètre ? »
Je me suis rappelé le thermomètre frontal blanc, dans le tiroir de la salle de bains. Un cadeau de la maternité.
« Elle devait l’avoir sous l’oreiller.
— Elle a été auxiliaire de vie combien de temps ?
— Huit ans. Elle sait ce que veut dire trente-neuf et demi. »
Elle sait. Léa avait su. Elle avait su ce que c’était, au bout du deuxième jour de fièvre, que les antibiotiques qu’on lui avait prescrits n’étaient pas dans la boîte à pharmacie. Elle avait su que la maternité lui avait dit : « Si vous avez de la fièvre, vous revenez. » Elle avait demandé le 15. Et elle avait noté chaque refus au dos d’un emballage de médicament, parce que c’était la seule chose qu’on ne lui avait pas confisquée.
« Elle écrivait quand elle pouvait. Le dernier chiffre, c’est jeudi matin. Après, plus rien. Elle n’avait plus la force.
— Ou plus le stylo. »
Garcia a posé sur la table roulante un deuxième sachet. Un téléphone dans une coque rose pâle, avec une fissure dans un coin.
« On l’a trouvé dans le sac fourre-tout de votre sœur. Éteint. Vous reconnaissez ? »
C’était le téléphone de Léa.
« Le code, c’est la date de naissance d’Enzo, ai-je dit sans réfléchir. Elle me l’a dit un soir en riant : “Comme ça, même si j’oublie tout, je me souviens de lui.” Elle l’a changé le jour de la naissance. »
Garcia a hoché la tête. Elle a rallumé l’écran avec son pouce ganté. Elle m’a laissé taper les chiffres.
Il s’est ouvert.
La première chose que j’ai vue, c’est notre conversation. Mon prénom, ma petite photo. Et sous mon prénom, les derniers messages de Léa, pour moi, depuis mardi.
« Ça va, je dors beaucoup 😊 »
« Ta mère est adorable, tu avais raison »
« Enzo mange bien, bisous à toi mon amour ☀️ »
Je me suis mis à rire. Pas un rire. Le bruit que fait quelqu’un qui n’a pas respiré depuis un moment.
« Quoi ? a demandé Garcia.
— Léa n’a jamais mis un soleil de sa vie. Jamais. Elle trouve ça ridicule. Et “adorable”, ça, elle l’aurait jamais dit de ma mère. Elle dit “elle fait de son mieux”.
— Vous les avez lus ?
— Je les ai lus quatre fois par jour dans ma pause. Je me disais que ça allait. Je me disais : elle s’entend avec ma mère, enfin. »
Garcia a fait défiler vers le haut. Les messages de Léa, avant mardi, longs, vivants, pleins de fautes de frappe. « Tu verrais Enzo il a fait un pet de l’espace » et « j’ai mal au dos » et « tu rentres quand ? ». Puis une coupure nette. Mardi soir, 19 h 48. Après ça, des phrases courtes, régulières, avec des émojis qui ne ressemblaient à rien de ce qu’elle écrivait. Manon avait pris le téléphone, mardi soir, et elle avait tenu ma femme à distance de moi par la seule chose qui nous reliait encore.
« Il y a plus, a dit Garcia. Regardez dans les notes. »
Je l’ai ouvert. Une seule note, sans titre, enregistrée mardi à 18 h 02.
Lucas, si tu lis ça, c’est que ta mère a pris mon tel. J’ai de la fièvre. Je n’arrive pas à te le dire au téléphone parce qu’elle écoute. J’écris tout au dos de la boîte de Doli. Regarde la boîte.
Puis, sur la ligne suivante, en majuscules : PAS D’ANTIBIO. ELLE LES A GARDÉES.
Je n’ai pas lu la suite. Les lignes dansaient. Garcia a posé sa main sur mon avant-bras, un instant très court, sans rien dire.
« Elle vous a laissé un mot, a-t-elle dit. Elle a pensé que vous le trouveriez.
— Il fallait que quelqu’un le trouve avant que je rentre.
— Ça, c’est la chose qui me préoccupe. » Elle a repris le téléphone avec précaution. « Sur la boîte, ce n’est pas seulement la fièvre et le 15, monsieur Lucas. J’ai regardé la face du dessous. »
Elle a retourné le rabat une dernière fois, vers moi, et elle a posé le bout de son gant sur le bord supérieur, là où le carton était usé comme un vieux billet.
Il y avait une dernière ligne, tout en bas, que j’avais prise pour une rature. Un seul mot, écrit plus gros, plus appuyé que le reste, avec un trait en dessous. J’ai vu les lettres avant de les comprendre.
Garcia a retiré son doigt. Elle a hésité, vraiment, comme quelqu’un qui ouvre une porte qu’elle a déjà fermée une fois.
« Il y a un nom, au dos du rabat. »
Mon pouce a glissé deux fois sur l’écran avant que j’arrive à lancer l’appel.
J’étais debout dans le couloir de la réanimation, devant un distributeur de café en panne, avec dans la tête le carton du rabat comme une photo qu’on n’arrive pas à jeter. Quelqu’un m’avait donné des chaussons en papier bleu. Je ne savais plus quand.
Gérard.
Un seul mot, appuyé si fort que le stylo avait presque percé le carton. Sous le trait, un point d’interrogation minuscule. Rien d’autre.
Mon père. Mort il y a neuf ans, un mardi de février. Une grippe, avait dit Maman. Une grippe qui avait mal tourné. Chez nous, on ne disait plus son prénom. On disait « ton père » quand il fallait, et le reste du temps on ne disait rien. Gérard, c’était une photo sur le buffet et une chaise de cuisine qu’on n’avait jamais remplacée.
Léa ne l’avait connu que sur cette photo. Et elle avait pris sur sa dernière force le temps de souligner son prénom.
« Vous savez pourquoi elle a écrit ça ? m’avait demandé Garcia, une minute plus tôt.
— Non.
— Vous êtes sûr ?
— Mon père est mort quand j’avais vingt-deux ans. De la grippe. Je ne vois pas pourquoi elle écrirait son nom sur une boîte de Doliprane. »
C’était vrai. Je l’ai entendu sonner creux en le disant.
Garcia n’a pas insisté. Elle m’a seulement montré mon téléphone, du menton.
« Appelez votre chef de Lens. Je veux savoir qui vous a envoyé là-bas. »
Ludovic a décroché à la quatrième sonnerie, avec du bruit de transpalette derrière lui.
« Lucas ! Tu es bien rentré ? Tu as roulé de nuit, tu es fou. Tu as oublié quelque chose ?
— Ludo, qui t’a demandé de me faire venir cette semaine ?
— Comment ça, qui ? C’est toi. Enfin, ta sœur. »
Je me suis appuyé contre le mur.
« Répète.
— Ta sœur a appelé le lundi d’avant. Elle a dit : “Je suis la sœur de Lucas, il n’ose pas vous le demander, mais il aimerait venir voir l’équipe quatre jours avant janvier.” J’ai trouvé ça gentil. J’ai prévenu le service du personnel de Vierzon, ils t’ont mis en mission. Je croyais que tu savais.
— On m’a dit que c’était Lens qui me réclamait.
— Moi, je croyais que c’était toi. » Il y a eu un temps. « Il y a un problème ?
— Ma femme est en réanimation. »
J’ai raccroché sans attendre sa réponse. Je n’avais plus d’air pour le reste de la phrase.
Garcia avait sorti un petit carnet. Elle notait en silence. Elle a écrit, je l’ai vu, un seul mot, et elle l’a entouré deux fois.
« Votre sœur vous demande de l’argent ? a-t-elle dit.
— Elle ne demande pas. »
J’ai ouvert l’appli de la banque, par réflexe, comme on ouvre un frigo vide. Le virement permanent était là, en bas de la liste, entre le loyer et l’assurance de la voiture. 400,00 €. MANON. Le 5 de chaque mois.
« Depuis quand ?
— Six ans. Pour dépanner. Elle est intérimaire, elle fait des missions quand elle en trouve. Maman dit qu’elle ne trouve pas.
— Quatre mille huit cents euros par an. Sur un salaire de combien ?
— Mille six cent cinquante. »
Garcia a hoché la tête, sans commentaire. Ça m’a gêné plus que si elle en avait fait un.
« La mutation à Lens, ça change quoi pour elles ?
— Je leur avais dit que je partirais en janvier. Je n’avais pas dit que je continuerais le virement.
— Et elles, qu’est-ce qu’elles ont compris ?
— Que je partais. »
Je me suis entendu le dire. Que je partais. Maman avait fait un petit bruit avec la bouche, à la fête des Mères, quand je l’avais annoncé. Un bruit de fin de repas. J’avais cru à de la fatigue.
À 15 h 05, le téléphone de Garcia a sonné. Elle a regardé l’écran, puis elle m’a fait signe de la suivre dans le petit salon des familles, avec les deux fauteuils en skaï orange et la plante en plastique.
Elle a mis le haut-parleur.
« Lieutenante Garcia ? Nathalie, la puéricultrice de la PMI de Vierzon. Je suis la puéricultrice de secteur de madame Léa. J’ai vu l’alerte passer ce matin. Vous êtes avec le mari ?
— Il est à côté de moi.
— Bonjour, monsieur. Je suis désolée de tout ça. Je dois vous dire quelque chose, et je préfère que vous l’entendiez maintenant. »
Je me suis assis sur l’accoudoir.
« Votre mère m’a appelée douze jours avant la naissance. Elle m’a dit que Léa ne dormait plus, qu’elle pleurait dans la cuisine, qu’elle disait des choses sur le bébé. Elle a employé le mot “dépressive”. Elle a rappelé trois fois depuis.
— Léa n’a jamais pleuré dans la cuisine.
— Je suis passée la voir à domicile, monsieur. Elle m’a fait un café. Elle m’a montré le berceau. Elle était fatiguée comme une femme enceinte de huit mois, pas plus. Je l’ai noté. Mais le signalement de votre mère est resté dans le dossier. Et il est revenu hier, à 16 h 20, avec une pièce jointe. »
Garcia s’est redressée.
« Quelle pièce jointe ?
— Un mail de madame Chantal. Elle écrit qu’elle “ne peut plus se taire” et qu’elle s’inquiète pour l’enfant. Et la pièce jointe, c’est une vidéo de Lé… »
Un bip. Deux bips. Le salon des familles est tombé dans un trou de réseau, comme les couloirs d’hôpital en ont toujours un. Sur l’écran de Garcia, l’appel venait de se couper au milieu du prénom de ma femme.
PARTIE 3
À 5 h 42, je suis entré aux urgences avec ma femme inconsciente dans les bras et mon fils de sept jours enroulé dans mon sweat.
Part 2 of 5
