PARTIE 8 – Margaret avait disparu avant notre arrivée, mais ce qu’elle avait caché sous son plancher révélait enfin l’identité probable de Lily

Jason fit demi-tour si brutalement qu’Emily dut retenir le siège de Lily. La berline grise continua tout droit quelques secondes avant de ralentir. Puis elle disparut derrière un camion. Daniel nous appela presque immédiatement.

« Je prends la route de l’est. Suivez-moi seulement quand je vous le dis. »

Pendant les vingt minutes suivantes, nous changeâmes plusieurs fois de direction. Jason utilisait les petites routes, les parkings de supermarchés et même une station-service pour vérifier si nous étions encore suivis. La berline ne réapparut pas.

« On devrait appeler la police », dit Emily.

« Et dire quoi ? » demanda Jason. « Qu’une femme qui travaillait pour un programme clandestin vieux de trente ans nous a appelés avant qu’on entende une vitre casser ? »

« Oui. Exactement ça. »

Cette réponse le fit taire.

Nous appelâmes finalement les services d’urgence et signalâmes une possible intrusion au domicile de Margaret Lewis. Nous ne mentionnâmes pas Halcyon. Daniel craignait que le nom fasse circuler l’information avant que nous comprenions qui était impliqué.

Une heure plus tard, un policier rappela Jason. La maison avait effectivement été forcée. Personne ne se trouvait à l’intérieur. Il n’y avait pas de sang, pas de signe évident de lutte importante. Plusieurs tiroirs avaient été vidés.

Margaret avait disparu.

« Peut-être qu’elle s’est enfuie », dit Emily.

Daniel, au téléphone, n’y croyait pas.

« Margaret ne serait jamais partie sans ses chats. »

La police avait retrouvé les deux animaux enfermés dans une chambre.

Cela suffit à changer l’hypothèse.

Nous ne pouvions plus aller chez elle, mais Daniel nous conduisit dans un petit motel à plusieurs kilomètres de la ville. Jason refusa d’utiliser sa carte bancaire et paya en espèces. Nous prîmes deux chambres communicantes.

Lily dormait presque tout le temps.

Je la regardais dans son couffin de voyage et essayais de concilier son visage calme avec tout ce que nous avions appris. Si Daniel disait vrai, quelqu’un avait placé volontairement dans le parcours de fécondation de Jason et Emily un embryon associé à notre mère.

Cela impliquait une préparation considérable.

Quelqu’un avait attendu que Jason demande un traitement.

Quelqu’un connaissait son identité.

Quelqu’un avait choisi le moment.

« Ce n’était pas une erreur », ai-je dit.

Jason, debout près de la fenêtre, hocha la tête.

« Je sais. »

Emily releva les yeux.

« Alors pourquoi nous ? Pourquoi maintenant ? »

Daniel répondit depuis l’autre chambre.

« C’est ce que Margaret devait nous dire. »

Nous avons fouillé toutes les informations publiques que nous pouvions trouver sur elle. La plupart étaient banales : ancienne technicienne de laboratoire, puis employée d’une pharmacie hospitalière, retraite récente. Mais Jason retrouva un ancien article de journal local datant de vingt-six ans.

Une femme y dénonçait des irrégularités dans la conservation de tissus biologiques après la fermeture partielle d’un centre médical.

Son nom n’était pas publié.

L’article indiquait toutefois qu’un témoin avait remis des copies de registres à un avocat.

« Quel avocat ? » demanda Jason.

Le nom figurait tout en bas.

Thomas Reed.

Daniel le reconnut.

« Il représentait votre père pendant les dernières années de sa vie. »

Je me souvins vaguement d’un homme grand aux cheveux blancs lors des funérailles de notre père. À l’époque, je l’avais pris pour un collègue.

Jason chercha immédiatement son numéro.

Thomas Reed exerçait encore, mais seulement quelques jours par semaine.

Nous appelâmes son cabinet.

La secrétaire nous informa qu’il ne recevait pas sans rendez-vous.

Jason donna son nom complet.

La ligne devint silencieuse.

Une minute plus tard, Thomas Reed prit l’appel.

« Jason Carter ? »

« Oui. »

L’homme inspira lentement.

« Votre père m’avait demandé de vous parler uniquement si Daniel était avec vous. »

Nous avons tous regardé notre oncle.

Daniel semblait aussi surpris que nous.

« Il est ici. »

Reed demanda alors une phrase de vérification.

Daniel répondit : « Le cerisier n’a jamais fleuri deux fois. »

Je dévisageai mon oncle.

« Sérieusement ? »

Il haussa les épaules. « Votre père aimait les codes ridicules. »

L’avocat nous donna rendez-vous dans un bureau secondaire à trente minutes du motel. Il insista pour que Lily reste avec Emily et que nous n’utilisions pas le parking principal.

Nous nous y rendîmes avant la tombée de la nuit.

Reed était plus âgé que dans mon souvenir, mais je reconnus immédiatement son regard attentif. Lorsqu’il vit Jason et moi ensemble, quelque chose se détendit dans son visage.

Puis il aperçut Lily.

Il ferma la porte à clé.

« Alors Robert avait raison », dit-il.

J’étais fatiguée d’entendre cette phrase.

« Tout le monde semble savoir ce que papa craignait sauf nous. »

Reed accepta la remarque.

« Votre père croyait qu’Halcyon finirait par essayer de reproduire un croisement génétique qui avait échappé à leur contrôle. »

« Quel croisement ? »

Il regarda Jason.

« Vous deux. »

Jason et moi restâmes silencieux.

Reed ouvrit un coffre ignifuge derrière son bureau et en sortit un dossier épais.

« Robert m’a remis ça peu avant sa mort. Il ne voulait pas que Daniel sache où c’était. »

Daniel laissa échapper un rire amer. « Ça lui ressemble. »

Le dossier contenait des copies de registres, des arbres généalogiques codés et des résultats de tests. Reed nous expliqua que notre père avait fini par comprendre qu’Halcyon n’avait jamais considéré Jason et moi comme des patients potentiels. Nous étions des points de comparaison.

Nos parents appartenaient à deux lignées distinctes présentant chacune une partie des caractéristiques recherchées.

Chez nous, ces caractéristiques s’étaient combinées.

Mais ni Jason ni moi ne portions la marque.

« Alors nous n’étions pas le résultat parfait », dit Jason.

« Non. »

« Lily l’est ? »

Reed tourna les yeux vers le bébé.

« C’est ce qu’ils veulent déterminer. »

Emily resserra les bras autour d’elle.

« D’où vient son embryon ? »

L’avocat ouvrit une enveloppe contenant un diagramme.

« Robert n’en était pas certain lorsqu’il m’a remis ces documents. Mais il avait découvert qu’un embryon avait été créé des années auparavant à partir d’un ovocyte prélevé sur Anne et d’un échantillon provenant d’une seconde lignée. »

« Laquelle ? »

Reed posa un doigt sur un code.

D-17.

Daniel recula.

« Non. »

Jason le regarda.

« Qu’est-ce que D-17 ? »

Notre oncle ne répondit pas.

Reed le fit à sa place.

« Claire. »

J’ai eu l’impression que la pièce basculait.

« Attendez. Vous dites qu’ils ont utilisé un ovocyte de notre mère et… quoi ? Du matériel de Claire ? Deux femmes ? »

Reed secoua la tête.

« Non. Le code D-17 ne désigne pas Claire elle-même. Il désigne son enfant. »

Daniel pâlit.

« L’enfant déclaré mort ? »

« Celui-là. »

Emily regarda Lily.

« Vous êtes en train de dire que le père biologique de ma fille pourrait être l’enfant de Claire ? »

« Oui. »

« Mais cet enfant aurait aujourd’hui presque cinquante ans. »

« Environ quarante-cinq. »

Jason se leva.

« Et vous savez qui il est ? »

Reed prit une autre feuille.

« Robert pensait l’avoir retrouvé. »

Le nom imprimé au milieu du document me sembla d’abord totalement inconnu.

Ethan Vale.

Jason le lut à voix haute.

Daniel ferma les yeux.

« Vale », murmurai-je.

Le même nom que le médecin de la clinique.

Reed hocha lentement la tête.

« Marcus Vale a eu un fils. Ethan. Selon les registres officiels, son épouse l’a mis au monde. Selon les dossiers d’Halcyon, cet enfant provenait en réalité de Claire. »

La pièce devint glaciale.

« Marcus Vale a élevé le bébé volé à Claire comme son propre fils », dit Jason.

« C’est ce que Robert avait conclu. »

« Et maintenant quelqu’un aurait utilisé le matériel génétique d’Ethan et un ovocyte de notre mère pour créer Lily. »

« C’est l’hypothèse la plus cohérente avec les codes. »

Emily regardait sa fille comme si elle réapprenait son visage.

« Pourquoi garder cet embryon pendant des décennies ? »

Reed hésita.

« Parce qu’ils n’avaient jamais réussi à obtenir une grossesse viable avec cette combinaison. »

Je sentis mon ventre se contracter malgré la douleur de l’accouchement récent.

« Jusqu’à moi. »

Personne ne répondit.

La vérité était là.

J’avais été choisie non seulement parce que j’étais la sœur de Jason.

J’étais elle-même une descendante directe des deux lignées surveillées.

Mon corps constituait peut-être la dernière condition dont Halcyon avait besoin.

Emily devint livide.

« Ils ont donc laissé Jason croire que l’idée de choisir sa sœur comme gestatrice venait de lui. »

Jason secoua la tête.

« C’était mon idée. »

Reed le regarda.

« Qui vous a expliqué qu’une gestatrice génétiquement apparentée pouvait améliorer vos chances ? »

Jason resta immobile.

Une image sembla lui revenir.

« Le docteur Vale. »

Personne ne parla pendant plusieurs secondes.

Marcus Vale n’avait pas simplement supervisé une clinique qui avait commis une erreur.

Il avait orienté Jason vers moi.

Il avait placé l’embryon.

Il connaissait probablement son origine.

Et son propre fils pouvait être le père biologique de Lily.

Daniel s’approcha du bureau.

« Ethan est vivant ? »

Reed prit une respiration.

« Oui. »

« Où ? »

« Je l’ignore aujourd’hui. Mais Robert l’avait rencontré une fois. »

« Ethan savait qui était sa mère ? »

« Pas au début. »

« Et après ? »

Reed baissa la voix.

« Après, il a essayé d’aider Robert à détruire le programme. »

Jason fronça les sourcils.

« Alors Marcus Vale travaille contre son propre fils ? »

« Ce serait plus simple si c’était seulement ça. »

Reed ouvrit la dernière chemise du dossier.

À l’intérieur se trouvait une photographie récente d’un homme d’une quarantaine d’années.

Je reconnus immédiatement ses yeux.

Je les avais vus quelques heures plus tôt.

Dans le reflet métallique de la photographie du coffre ouvert.

Le tissu bleu n’appartenait pas à Marcus Vale.

L’homme qui avait vidé le coffre était Ethan.

Reed nous regarda un à un.

« Si Ethan a repris les archives avant vous, soit il essaie encore de protéger cet enfant… soit tout ce que Robert croyait sur lui était faux. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 9 : La photographie d’Ethan semblait prouver sa trahison, jusqu’à ce qu’un message de notre père nous indique pourquoi il avait vidé le coffre

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Le jour où j’ai accepté de porter l’enfant de mon frère, personne ne m’a dit ce que cachait le dernier embryon

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