La nouvelle força chacun de nous à réexaminer les dernières vingt-quatre heures. Margaret nous avait avertis. Sa maison avait été forcée. Elle avait disparu. Une photographie l’avait montrée blessée. Tout indiquait qu’elle avait été prise contre son gré.
Pourtant son nom apparaissait maintenant au bas d’un transfert médical concernant Maya.
« Une signature peut être falsifiée », dit Claire.
Alvarez répondit que les enquêteurs vérifiaient déjà.
L’établissement où Maya se trouvait avait été contacté. Elle était enceinte d’environ trente-quatre semaines et présentait des contractions accompagnées de signes de détresse fœtale modérée.
Un transfert avait été préparé.
Mais il n’avait pas encore eu lieu.
La police l’arrêta avant que l’ambulance quitte la clinique.
« Où devait-elle aller ? » demanda Jason.
Alvarez consulta ses notes.
« Meridian North Research Annex. »
Ethan ferma les yeux.
« L’installation où ils faisaient les procédures qu’ils ne voulaient pas rattacher à la clinique principale. »
« Marcus est en garde à vue », dit Emily. « Qui continue de donner les ordres ? »
Personne ne répondit.
Puis Alvarez ajouta que Margaret se trouvait sur place.
Vivante.
Pas attachée.
Pas enfermée.
Elle avait tenté de quitter le bâtiment par une porte latérale lorsque la police était arrivée.
Claire s’assit.
Daniel ne dit rien.
Ethan demanda simplement : « Elle est arrêtée ? »
« Retenue pour interrogatoire. »
Nous n’eûmes aucune information supplémentaire pendant près d’une heure.
Puis Reed reçut l’autorisation de nous transmettre une partie de sa déclaration.
Margaret reconnaissait avoir signé le transfert de Maya.
Elle niait toutefois travailler pour Marcus.
Selon elle, elle avait essayé d’empêcher quelque chose de pire.
Jason laissa échapper un rire incrédule.
« Elle allait déplacer une femme enceinte vers un laboratoire clandestin pour la protéger ? »
Reed leva une main.
« Écoutons avant de conclure. »
Margaret raconta qu’Halcyon s’était divisé depuis plusieurs années en deux factions. Marcus voulait continuer les grossesses expérimentales jusqu’à obtenir une combinaison stable. Un second groupe, composé d’anciens employés et de chercheurs plus jeunes, estimait que le programme devait être arrêté et les sujets identifiés.
Margaret s’était infiltrée entre les deux.
Ethan l’avait aidée.
Mais elle lui avait caché certaines choses.
« Pourquoi ? » demanda Claire.
Reed poursuivit.
Parce que Margaret avait découvert que la deuxième grossesse n’était pas comparable à celle de Lily.
L’embryon de Maya utilisait bien du matériel dérivé d’Anne Carter.
Mais le composant paternel ne provenait pas d’Ethan.
Il provenait de Jason.
Personne ne parla.
Mon frère devint immobile.
« Quoi ? »
Emily tourna lentement la tête vers lui.
« Ils avaient ton échantillon. »
Jason porta une main à sa bouche.
La clinique avait obtenu son sperme pendant leurs traitements de fertilité. Rien n’avait été volé physiquement : il l’avait fourni volontairement dans un tout autre but.
Une partie avait été conservée sans son consentement pour le second transfert.
La grossesse de Maya portait donc un enfant créé à partir de matériel dérivé de notre mère et de Jason.
Un mélange génétique encore plus proche de notre propre famille.
« C’est pour ça qu’ils voulaient comparer », murmurai-je.
Ethan acquiesça.
Lily représentait Anne et Ethan.
Le second enfant représentait Anne et Jason.
Deux variantes d’un même projet.
Emily regarda son mari.
« Ce bébé est biologiquement ton enfant. »
Jason ferma les yeux.
La phrase contenait une douleur impossible à classer.
Il n’avait pas choisi cette conception.
Maya non plus, probablement.
Pourtant un enfant existait désormais, vivant, quelque part dans une salle de soins.
« Elle sait ? » demanda-t-il.
Reed secoua la tête.
« Pas encore tout. »
Maya croyait porter l’embryon d’un couple étranger dans le cadre d’une gestation rémunérée. Le dossier qui lui avait été présenté était faux.
Elle ignorait que le père biologique était Jason.
Emily se leva et quitta la pièce.
Jason la suivit du regard, mais ne bougea pas.
Je fis un pas vers lui.
« Va la voir. »
« Je ne sais pas quoi lui dire. »
« Commence par ne rien cacher. »
Il partit.
Daniel resta près de la fenêtre.
« Voilà pourquoi Robert avait peur d’une deuxième génération », dit-il.
Claire secoua la tête.
« Non. Il avait peur qu’ils transforment notre famille en laboratoire permanent. »
Cette formulation me parut plus exacte.
Quelques minutes plus tard, Alvarez appela de nouveau.
Margaret avait accepté de parler directement à Ethan et Claire, sous surveillance.
Ils partirent avec Reed.
Je restai avec Lily pendant qu’Emily et Jason parlaient dans la chambre voisine.
Je n’entendis pas leurs mots.
Seulement des silences.
Puis un sanglot.
Puis encore du silence.
Une heure plus tard, ils revinrent ensemble.
Emily avait les yeux rouges.
Jason aussi.
Elle prit Lily dans ses bras.
« Maya ne doit pas apprendre ça seule », dit-elle.
Jason acquiesça.
« Et l’enfant n’est coupable de rien. »
Il y avait dans sa voix une peur nouvelle : non celle de perdre Lily, mais celle d’être relié à une seconde vie qu’on avait créée sans lui demander.
Margaret confirma ensuite l’essentiel de son histoire.
La photo où elle apparaissait blessée avait été prise après une altercation réelle avec deux hommes de Meridian. Ils cherchaient le registre. Elle avait réussi à les convaincre qu’elle pouvait les conduire jusqu’à une copie.
Elle avait joué la prisonnière parce qu’elle voulait gagner du temps.
« Alors pourquoi ne pas nous l’avoir dit ? » demanda Ethan.
Margaret le regarda à travers la vitre de la salle d’interrogatoire.
« Parce que tu étais surveillé. »
« Tu pouvais utiliser Claire. »
« Claire avait déjà perdu assez de sa vie à cause de nous. »
Ce « nous » ne passa pas inaperçu.
Claire se pencha.
« Tu faisais partie d’Halcyon depuis le début. »
Margaret baissa les yeux.
« Oui. »
Elle avait vingt-deux ans lorsqu’elle avait commencé comme technicienne. Au départ, elle avait cru aux objectifs médicaux du programme. Elle avait participé à la conservation de cellules, à l’identification des lignées et à plusieurs transferts.
Puis Claire avait accouché.
Margaret était présente.
« C’est toi qui m’as dit que mon bébé avait pleuré », murmura Claire.
« Oui. »
« Et c’est toi qui l’as laissé partir avec Marcus. »
Margaret pleurait maintenant.
« Oui. »
Claire ne détourna pas le regard.
Margaret expliqua qu’elle avait obéi parce qu’elle était jeune, terrifiée et persuadée que des autorités médicales légitimes supervisaient la procédure.
Elle avait compris trop tard qu’aucune adoption régulière n’avait eu lieu.
« Pourquoi ne pas être allée à la police ? »
« Parce que les dossiers officiels disaient que ton bébé était mort. Et parce que mon nom figurait sur les formulaires. J’avais peur d’aller en prison. »
Claire murmura : « Alors tu m’as laissé croire pendant des années qu’il était mort. »
Margaret ne chercha aucune excuse.
« Oui. »
Cette réponse honnête était presque plus dure qu’une justification.
Puis elle révéla pourquoi elle avait accepté d’organiser le transfert de Maya.
Marcus savait que le deuxième fœtus déclinait. Il voulait réaliser une procédure expérimentale immédiatement après la naissance, en utilisant des cellules placentaires provenant de ma grossesse avec Lily.
Le placenta volé devait servir à cela.
Je ressentis un froid brutal.
Même après l’accouchement, ils voulaient relier les deux enfants biologiquement et médicalement.
« Ça aurait marché ? » demanda Ethan.
Margaret secoua la tête.
« Personne ne pouvait le savoir. »
« Et Maya ? »
« On ne lui aurait pas demandé son consentement réel. On lui aurait présenté ça comme une intervention d’urgence. »
Voilà pourquoi Margaret avait voulu contrôler le transfert.
Elle prévoyait d’amener Maya dans l’installation, récupérer les preuves et empêcher la procédure au dernier moment.
« C’était un plan insensé », dit Ethan.
« Oui. »
« Tu aurais dû nous faire confiance. »
« Je ne savais pas à qui faire confiance. »
Cette phrase résumait peut-être l’héritage le plus durable d’Halcyon.
Personne ne savait plus distinguer les alliés des gardiens, les victimes des complices, les secrets destinés à protéger de ceux destinés à contrôler.
Puis un médecin entra dans la salle où Maya était surveillée.
Son travail avait progressé rapidement.
La naissance ne pouvait plus être retardée.
Jason se leva.
Emily posa une main sur son bras.
« Va. »
Il la regarda.
« Tu es sûre ? »
« Elle doit savoir qui tu es avant que son enfant naisse. »
Ils partirent ensemble pour l’hôpital.
Je les accompagnai malgré la fatigue, avec Daniel et Lily.
Maya était une femme de trente-six ans aux cheveux noirs attachés en désordre. Lorsqu’on lui expliqua la vérité, elle resta silencieuse si longtemps que j’eus peur qu’elle n’ait pas compris.
Puis elle regarda Jason.
« Vous ne saviez pas ? »
« Non. »
« Votre femme non plus ? »
Emily répondit : « Non. »
Maya ferma les yeux.
« Alors ils nous ont tous utilisés. »
Ce fut tout.
Elle n’avait plus l’énergie pour la colère.
Le travail était trop avancé.
Quelques heures plus tard, son fils naquit.
Il était petit.
Très pâle.
Mais vivant.
Un cri bref sortit de sa poitrine.
Jason pleura.
Emily aussi.
Maya demanda à voir son bébé immédiatement.
Lorsqu’on le posa contre elle, il ouvrit les yeux.
Et quand l’infirmière souleva légèrement la couverture pour l’examiner, tout le monde chercha instinctivement son épaule.
Aucune marque.
Daniel expira.
Mais le pédiatre resta concentré.
« Il y a autre chose. »
Sous le bras du bébé, presque invisible, se trouvait une ligne rouge unique.
Pas le motif de Lily.
Une autre expression.
Un autre résultat.
Margaret, autorisée à observer depuis la porte sous surveillance, devint blanche.
« C’est impossible. »
Jason se retourna.
« Pourquoi ? »
Elle regarda le nouveau-né.
« Parce que ce signe n’apparaissait que dans un seul dossier de toute l’histoire d’Halcyon. »
Claire comprit avant nous.
« Anne ? »
Margaret secoua la tête.
Puis elle regarda Daniel.
« Robert. »
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 15 : La naissance du second enfant a enfin révélé ce que Robert avait découvert, et pourquoi il avait choisi de protéger la vérité plutôt que le programme
Le jour où j’ai accepté de porter l’enfant de mon frère, personne ne m’a dit ce que cachait le dernier embryon
Part 14 of 15
