PARTIE 13 – Marcus avait choisi Sarah bien avant la grossesse, et son dossier caché révélait pourquoi Lily avait survécu là où tous les autres avaient échoué

Daniel me regardait comme si Marcus Vale se trouvait dans la pièce avec nous. Emily tenait Lily contre sa poitrine. Deux policiers gardaient l’entrée du lieu sécurisé, mais leur présence me rassurait soudain beaucoup moins. Pendant des heures, nous avions pensé que Lily était l’objectif final d’Halcyon. Maintenant, à entendre ce que Jason venait de rapporter au téléphone, le programme s’intéressait peut-être davantage à mon corps qu’à l’enfant que je venais de mettre au monde.

« Qu’est-ce qu’il veut dire par Sarah ? » demanda Emily.

Jason n’avait pas encore de réponse. De l’autre côté de la ligne, des voix parlaient autour de lui. Marcus venait d’être placé en garde à vue pendant que les enquêteurs fouillaient l’installation. Ethan et Claire étaient toujours sur place.

« Il refuse de développer », dit Jason. « Il répète que tout est dans le dossier de gestation. »

Je regardai Daniel.

« Quel dossier ? »

Il secoua la tête.

« Je n’en sais rien. »

Je savais qu’il mentait mal lorsqu’il avait peur, mais cette fois il disait vrai.

Vingt minutes plus tard, Ethan rappela. Les enquêteurs avaient découvert une salle d’archives derrière une porte sécurisée. Plusieurs ordinateurs y fonctionnaient encore. Certains fichiers avaient été effacés, mais pas tous.

L’un des dossiers portait mon nom.

Pas seulement celui inscrit pendant la grossesse.

Mon nom de naissance.

Sarah Carter.

Date d’ouverture du dossier : dix-sept ans plus tôt.

J’ai cru avoir mal entendu.

« J’avais onze ans. »

« Je sais », répondit Ethan.

Emily pâlit.

« Ils la suivaient déjà enfant ? »

« Apparemment. »

Ethan expliqua qu’une série d’analyses médicales anciennes avaient été numérisées dans les archives. Examens scolaires, prises de sang, hospitalisation pour une fracture, résultats d’un bilan après une infection virale. Des événements banals de mon enfance avaient été récupérés et classés.

« Comment ? »

Personne ne répondit immédiatement.

Puis Daniel se souvint.

Après la mort de notre mère, notre père nous avait changé de médecin plusieurs fois. À l’époque, nous avions cru qu’il devenait excessivement méfiant.

Il avait compris que quelqu’un continuait à consulter nos données.

« Il essayait de casser leur suivi », murmurai-je.

« Oui », dit Daniel.

Mais il n’y était jamais complètement parvenu.

Le dossier montrait qu’à onze ans, mon corps avait présenté une réponse immunitaire inhabituelle après une infection. À quatorze ans, une petite blessure chirurgicale avait cicatrisé beaucoup plus vite que prévu. À dix-sept ans, des analyses avaient révélé des concentrations particulières de certaines protéines liées à la réparation tissulaire.

Rien n’était assez spectaculaire pour alerter nos médecins.

Pour Halcyon, c’était différent.

« Et Jason ? » demandai-je.

Ethan parcourut les fichiers.

« Il a un dossier aussi. Mais les marqueurs sont plus faibles. »

Jason entendit la phrase.

« Donc Sarah avait hérité davantage de maman ? »

« Pas exactement », répondit Ethan. « Vous avez tous les deux hérité de certaines variantes. Mais chez Sarah, elles s’expriment différemment, surtout pendant les changements hormonaux. »

Je posai une main sur mon ventre encore douloureux.

« La grossesse. »

« Oui. »

Marcus n’avait pas seulement cherché une gestatrice apparentée.

Il avait cherché une gestatrice dont le corps pouvait soutenir un embryon expérimental que d’autres femmes n’avaient pas réussi à mener à terme.

Le transfert avait été conçu autour de moi.

L’idée de Jason n’avait été qu’un instrument pour m’amener volontairement jusqu’à eux.

Emily se leva et fit quelques pas dans la pièce.

« Il nous a regardés souffrir pendant trois ans. Il nous a laissé croire que nous choisissions chaque étape. »

Sa voix ne monta jamais.

Cela rendit sa colère plus terrible.

« Il attendait seulement que Jason propose Sarah. »

Daniel secoua la tête.

« Peut-être qu’il n’attendait même pas. Peut-être qu’il a planté l’idée. »

Jason resta silencieux.

Puis il dit : « Il l’a fait. »

Je fermai les yeux.

Lors d’une consultation, après leur quatrième échec, Marcus avait évoqué les taux de réussite chez les gestatrices partageant certains facteurs biologiques avec les futurs parents. Il avait insisté sur la confiance familiale, sur la coordination médicale plus simple, sur la possibilité qu’un proche accepte.

Jason avait quitté ce rendez-vous convaincu que l’idée venait naturellement de lui.

Elle avait été semée avec précision.

« Je suis désolé », dit-il.

« Ne fais pas ça », répondis-je.

« Sarah— »

« Tu ne savais pas. »

« J’aurais dû poser plus de questions. »

« Nous avons tous cru des médecins parce qu’ils portaient des blouses et utilisaient des mots compliqués. Ce n’est pas toi qui as créé ce programme. »

Emily me regarda.

Pour la première fois depuis la naissance, quelque chose dans son expression se détendit.

Ethan interrompit notre échange.

« Il y a autre chose. »

J’aurais voulu lui demander de garder une seule mauvaise nouvelle pour le lendemain.

Mais il poursuivit.

Le dossier contenait des comparaisons entre ma grossesse et quatre tentatives précédentes réalisées au cours des douze dernières années.

Quatre embryons proches de celui de Lily.

Quatre gestatrices différentes.

Aucune n’avait dépassé le deuxième trimestre.

« Elles savaient ? » demandai-je.

« Probablement pas tout. Deux pensaient participer à des protocoles de fertilité ordinaires. Une autre était employée par une agence de gestation. La dernière était une patiente de Meridian. »

« Et les bébés ? »

Un silence suivit.

« Aucun n’a survécu. »

Je me tournai vers Lily.

Elle dormait paisiblement contre Emily.

Une petite main dépassait de la couverture.

Toute notre histoire venait de devenir encore plus difficile à regarder : derrière son existence se trouvaient des grossesses interrompues, des femmes trompées et des enfants dont personne n’avait demandé le consentement pour qu’ils deviennent les étapes d’une expérience.

« Pourquoi moi ? » demandai-je.

Ethan répondit doucement.

« Parce que ton organisme semble neutraliser une réaction inflammatoire qui provoquait les échecs précédents. »

« Ils le savaient avant ? »

« Ils l’espéraient. Maintenant ils en sont certains. »

Voilà pourquoi Marcus avait parlé de moi, pas de Lily.

Il ne cherchait pas uniquement à comprendre l’enfant.

Il voulait comprendre ce que mon corps avait fait pendant neuf mois.

Claire revint avec Ethan et Jason peu avant l’aube. Marcus avait été placé en garde à vue, mais Margaret restait introuvable. Les enquêteurs avaient découvert une pièce où elle avait probablement été retenue. Une tasse encore tiède, un foulard qu’Ethan reconnut et une trace de sang sur le bord d’une table.

Pas Margaret.

« Ils l’ont déplacée avant notre arrivée », dit Claire.

Ethan avait le visage fermé.

« Quelqu’un les a prévenus. »

Cette possibilité était désormais prise au sérieux. Marcus n’agissait pas seul. Plusieurs membres du personnel de Meridian avaient quitté leurs postes dans la soirée. Deux téléphones étaient éteints. Un ancien responsable administratif avait disparu de son domicile.

Le programme n’était pas un homme.

Marcus n’en était que le visage le plus visible.

Puis Jason posa une chemise transparente devant moi.

« On a trouvé ça dans son bureau. »

Mon nom figurait en haut.

En dessous : PHASE POST-NATALE.

Je ne voulus pas la toucher.

Jason tourna les pages à ma place.

Le programme prévoyait des analyses répétées de mon sang, de mes hormones, de ma moelle et de tissus placentaires après la naissance. Plusieurs procédures étaient décrites comme « volontaires », mais aucun formulaire de consentement n’était joint.

Une ligne était entourée en rouge.

Récupération placentaire prioritaire.

Je relevai les yeux.

« Le placenta. »

Emily comprit.

À l’hôpital, après l’accouchement, personne ne nous avait demandé si nous voulions le conserver.

Selon les pratiques ordinaires, il avait dû être éliminé.

Mais si Vale avait anticipé la naissance…

Jason appela immédiatement l’hôpital.

La réponse arriva une demi-heure plus tard.

Le placenta avait été enregistré pour destruction.

Pourtant le conteneur n’avait jamais atteint le service prévu.

Quelqu’un l’avait récupéré sous autorisation externe.

Nom de l’établissement demandeur : Meridian Genetic Services.

Jason frappa la table du poing.

Le geste réveilla Lily.

Emily la berça aussitôt.

« Ils l’ont », murmurai-je.

Ethan secoua la tête.

« Pas forcément encore. Les échantillons de ce type sont transférés dans un centre de traitement avant analyse. »

Il demanda l’adresse.

Le centre se trouvait à moins de trente kilomètres.

Alvarez obtint rapidement un mandat.

Nous ne participâmes pas à l’intervention.

Cette fois, personne n’en discuta.

Deux heures plus tard, le téléphone sonna.

Le placenta avait été retrouvé.

Scellé.

Non traité.

Mais ce n’était pas la découverte la plus importante.

Dans le même réfrigérateur se trouvaient plusieurs autres échantillons.

L’un portait le code de la deuxième grossesse.

Un autre portait un prénom.

Maya.

Gestatrice 02.

Sous le code, une note récente indiquait :

Hospitalisation prévue sous 48 heures.

J’accrochai le regard d’Emily.

La deuxième gestatrice n’était donc pas une abstraction dans un fichier.

C’était une femme.

Une femme enceinte, probablement convaincue elle aussi qu’elle participait à une procédure normale.

« Il faut la trouver », dis-je.

Alvarez nous apprit que les enquêteurs avaient déjà commencé.

Puis Ethan aperçut quelque chose sur une copie du dossier.

Il resta immobile.

« Quoi ? »

Il rapprocha la feuille.

À côté de Maya figurait un nom de médecin responsable.

Pas Marcus Vale.

Docteure Margaret Lewis.

Claire se leva.

« Impossible. »

Ethan fixa la ligne.

« Soit ils ont utilisé son nom… »

Daniel acheva sa pensée.

« …soit Margaret ne se cachait pas d’eux. »

Un malaise traversa la pièce.

Nous avions supposé qu’elle était prisonnière parce qu’elle avait disparu après une intrusion.

Nous avions supposé qu’elle était victime parce qu’une photographie la montrait blessée.

Mais aucune preuve ne disait qu’elle avait cessé de travailler avec Meridian.

Claire secoua violemment la tête.

« Non. Je connais Margaret. »

Ethan répondit : « Moi aussi, je croyais connaître Marcus. »

Cette phrase éteignit toutes les protestations.

Puis Alvarez rappela.

La police venait de localiser Maya dans une clinique privée située à l’extérieur de la ville.

Elle était en travail prématuré.

Et la personne qui venait de signer son transfert médical vers une autre installation était Margaret Lewis.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 14 : Nous pensions sauver Margaret d’Halcyon, mais elle conduisait elle-même la seconde gestatrice vers la seule naissance que Marcus redoutait davantage que Lily

Story Parts

Le jour où j’ai accepté de porter l’enfant de mon frère, personne ne m’a dit ce que cachait le dernier embryon

Part 13 of 15

Previous: Part 12
Next: Part 14