PARTIE 14 — CE QUE 73 MILLIONS CHANGENT VRAIMENT

Trois ans après le divorce, j’avais encore beaucoup d’argent.

Cette phrase peut sembler stupide.

Mais elle comptait.

Je n’avais pas essayé de devenir quelqu’un d’autre en six mois.

J’avais constitué une équipe professionnelle réduite.

Gestion patrimoniale.

Avocat.

Expert-comptable.

Notaire.

Règles écrites.

Pas de prêt familial au-dessus d’un certain montant sans avis.

Pas de caution personnelle improvisée.

Pas de gros investissement simplement parce qu’un cousin connaît « un type brillant ».

Mon père trouvait certaines règles vexantes.

— Donc si je te demande deux millions pour ouvrir un casino dans le garage, tu refuses ?

— Oui.

— Famille ingrate.

Je lui ai acheté une petite maison plus confortable après en avoir discuté avec lui.

Pas un manoir.

Il refusait.

— Je veux pouvoir nettoyer moi-même.

Argument incompréhensible pour un homme qui détestait nettoyer.

J’ai aussi créé, avec des professionnels compétents, un fonds de soutien à la formation des aides-soignants et à certains projets améliorant les conditions de travail dans les établissements pour personnes âgées.

Pas une fondation portant mon nom en lettres géantes.

Je ne voulais pas devenir « Nathalie, la gagnante du loto qui sauve les EHPAD ».

Le système avait besoin de politiques publiques, d’organisation et de budgets bien plus grands que mon histoire personnelle.

Mais je pouvais financer des bourses.

Des formations.

Des équipements pilotes.

Des solutions de remplacement pour permettre à des soignants de partir en formation sans mettre leur service à genoux.

Petit à l’échelle du monde.

Grand pour certains.

Je retournais parfois voir mes anciennes collègues.

Un jour, Sonia m’a dit :

— Tu sais ce qui m’énerve ?

— Beaucoup de choses.

— Tu as 73 millions et tu portes encore les mêmes baskets.

Je regardai mes chaussures.

— Elles sont confortables.

— C’est obscène.

Je ai ri.

Concernant Ludovic, les informations me parvenaient rarement.

Il avait repris un travail salarié dans une société de matériel professionnel.

Plus stable.

Moins prestigieux que ce qu’il prétendait vouloir avant.

Constance avait récupéré une partie des sommes qu’elle avait engagées après son propre contentieux et les arrangements correspondants.

Elle s’était mariée, paraît-il.

Pas avec Ludovic.

Nous nous étions écrit une dernière fois.

Elle disait :

Je regrette la façon dont je suis entrée dans votre maison. Je croyais une histoire qui m’arrangeait parce que je voulais qu’elle soit vraie.

J’avais répondu :

Moi aussi, j’ai cru certaines histoires parce qu’elles m’arrangeaient. Bonne continuation.

C’était tout.

Je n’avais aucun besoin d’une amitié symbolique avec elle.

Le pardon n’exige pas toujours une relation.

Ludovic, lui, m’envoya une carte pour mes cinquante ans.

Pas d’email.

Une vraie carte.

Il avait écrit :

Je sais que je n’ai pas le droit de te demander d’oublier. Je voulais seulement reconnaître que le matin où je t’ai dit de quitter “ma maison”, je savais déjà qu’elle n’était pas à moi comme je le prétendais. Je voulais que tu y croies parce que j’avais besoin d’y croire moi-même.

Je lus plusieurs fois.

Puis :

La signature est la chose dont j’ai le plus honte, parce qu’elle prouve que je savais exactement que ton oui manquait.

Voilà.

La phrase que j’avais attendu sans savoir que je l’attendais.

Pas :

Je pensais que tu serais d’accord.

Pas :

J’ai paniqué.

Il savait que mon oui manquait.

Je rangeai la carte.

Je ne répondis pas pendant deux semaines.

Puis j’écrivis :

J’ai reçu. Merci d’avoir enfin formulé cela clairement. Je te souhaite de continuer à comprendre pourquoi.

Pas :

Je te pardonne.

Pas :

Je te déteste.

Je n’avais plus besoin de choisir un mot définitif.

PARTIE 15 — LE TICKET À 2,50 €

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MON MARI M’A DONNÉ JUSQU’À DIMANCHE POUR QUITTER « SA » MAISON — IL IGNORAIT QUE J’AVAIS GAGNÉ 73 MILLIONS

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