Après tout ce qui s’était passé, tout le monde supposait que j’allais garder la maison.
Évidemment.
La racheter.
Mettre un portail.
Planter des rosiers.
Puis envoyer à Ludovic une photo chaque Noël.
Je pensais moi aussi que je la voulais.
J’avais 68 %.
L’argent pour racheter ses 32 %.
Plus que largement.
Une expertise indépendante fixa une valeur.
Nous avions acheté la maison autour de 245 000 euros.
Le marché avait évolué.
Les travaux aussi.
Elle valait désormais environ 325 000, sous réserve des conditions réelles de vente.
Ludovic souhaitait que je rachète sa part.
Il avait besoin de liquidités.
Je pouvais le faire en un virement.
C’était presque trop facile.
Je me suis assise seule dans le salon.
J’ai regardé la cheminée.
Le canapé.
La trace de la photo de mariage, toujours légèrement visible.
Puis je suis montée dans la chambre.
J’ai essayé de m’imaginer ici dans dix ans.
Impossible.
Pas parce que Ludovic avait gagné.
Au contraire.
Parce que rester uniquement pour prouver qu’il n’avait pas réussi à me chasser signifiait encore lui laisser décider de ma relation avec cette maison.
Je ai appelé Élodie.
— Je veux vendre.
Elle fut silencieuse.
— Vous êtes sûre ?
— Oui.
Puis je souris.
— Mais cette fois, avec ma vraie signature.
La vente prit plusieurs mois.
Un vrai mandat.
Une vraie agence.
De vrais diagnostics.
De vrais rendez-vous.
Je rencontrai l’acquéreur.
Je lus les documents.
Chaque page.
Probablement de manière excessive.
Maître Beaumont me regarda lors de l’acte authentique.
— Vous avez une question sur la virgule de la page 17 ?
— Peut-être.
Il sourit.
Ludovic était là avec son notaire et son avocat pour les aspects qui restaient à traiter.
Nous avons signé.
Chacun son nom.
Chacun son stylo.
Le prix net fut réparti selon les droits de propriété, puis ajusté en fonction des comptes retenus et des accords ou décisions applicables.
Pas 68 % du prix brut mécaniquement sans tenir compte de tout.
Pas 32 % non plus comme s’il n’existait aucun crédit ni frais ni compte entre nous.
Les professionnels calculèrent.
Je vérifiai.
Ludovic aussi.
Lorsque tout fut terminé, il me demanda :
— Pourquoi tu n’as pas gardé la maison ?
Je rangeai mon stylo.
— Parce que je n’en avais plus envie.
Il sembla ne pas comprendre.
— Avec ton argent, tu pouvais.
— Justement.
Je le regardai.
— Pendant longtemps, je croyais que l’argent servait surtout à pouvoir acheter.
Puis :
— J’ai découvert qu’il sert aussi à pouvoir renoncer sans être piégée.
Il baissa les yeux.
— Tu as acheté où ?
— Ce n’est plus ton affaire.
Ce n’était pas dit cruellement.
Simplement vrai.
J’avais acheté une maison plus petite.
À vingt minutes de mon père.
Trois chambres.
Un jardin.
Pas de piscine.
Malgré les protestations de Bernard qui estimait que toute personne possédant plus de dix millions avait « une obligation morale envers le barbecue et la piscine ».
Je n’avais pas besoin d’un château.
Ma première grande dépense avait été beaucoup plus étrange.
J’avais fait refaire les dents.
Pendant quinze ans, j’avais repoussé plusieurs soins esthétiques parce que « ce n’était pas urgent ».
Puis je m’étais offert une excellente chaise de bureau.
Ensuite seulement, après plusieurs mois de réflexion, j’avais commencé à organiser ce que je voulais faire de l’argent.
PARTIE 14 — CE QUE 73 MILLIONS CHANGENT VRAIMENT
MON MARI M’A DONNÉ JUSQU’À DIMANCHE POUR QUITTER « SA » MAISON — IL IGNORAIT QUE J’AVAIS GAGNÉ 73 MILLIONS
Part 8 of 10
