Je connaissais cet ordinateur.
Pendant quatre ans, j'y avais travaillé presque chaque jour.
J'avais rédigé des propositions.
Calculé des budgets.
Corrigé des présentations à des heures impossibles.
Et maintenant, quelqu'un affirmait qu'il contenait des documents auxquels je n'aurais jamais dû avoir accès.
Gavin m'avait interdit de le toucher.
C'était sa réaction qui m'inquiétait le plus.
Daniel a demandé que personne n'utilise le poste.
Un spécialiste de la sécurité informatique devait examiner les traces disponibles.
Je me suis écarté.
Eleanor est restée près de nous.
Elle semblait fatiguée.
Je lui ai proposé de s'asseoir.
Elle a refusé d'abord.
Puis elle a accepté lorsqu'une avocate lui a apporté une chaise.
Daniel m'a posé plusieurs questions.
Qui connaissait mon mot de passe ?
Qui pouvait accéder à ma session ?
Mon ordinateur restait-il dans les bureaux pendant la nuit ?
J'ai répondu aussi précisément que possible.
Les administrateurs informatiques disposaient d'autorisations élevées.
Et nous laissions généralement nos ordinateurs sur place.
Gavin a immédiatement déclaré que je n'avais aucune raison de posséder les documents de Halston.
Je l'ai regardé.
Quelques minutes auparavant, il m'avait demandé de ne pas ouvrir mon ordinateur.
Maintenant, il semblait vouloir orienter les conclusions.
Je lui ai demandé pourquoi il paraissait si sûr de lui.
Il a répondu que je cherchais à détourner l'attention.
Daniel nous a demandé de le laisser travailler.
Le spécialiste a commencé à consulter les premiers journaux d'accès.
Un horaire est apparu.
Vingt-trois heures quarante-deux.
La veille.
Je me suis souvenu de ma soirée.
J'étais resté tard pour préparer Whitcombe.
Les bureaux étaient presque vides.
Une partie de l'éclairage avait été éteinte.
J'avais mangé un sandwich devant mon écran.
Gavin était encore là.
Il s'était arrêté près de mon bureau.
Nous avions parlé quelques minutes.
Je lui avais montré une correction du budget.
Il avait demandé que je vérifie encore un chiffre.
Puis je me souvenais être descendu chercher du café.
La machine de notre étage était en panne.
Depuis plusieurs jours.
Il fallait aller au niveau inférieur.
Avant mon départ, Gavin m'avait demandé de lui rapporter une tasse.
Je me souvenais même de sa commande.
Sans sucre.
J'ai raconté cela à Daniel.
Gavin a affirmé être déjà rentré chez lui.
J'ai insisté.
Nous nous étions parlé après vingt-trois heures.
Je n'avais aucun doute.
Il a déclaré que je devais confondre les horaires.
J'ai regardé l'écran.
Le transfert avait été effectué pendant mon absence.
Sous mon identifiant.
J'ai senti une peur très particulière.
La peur de comprendre que quelqu'un pourrait m'accuser à partir de traces techniques apparemment solides.
J'avais peut-être oublié de verrouiller ma session.
Une négligence.
Quelques minutes.
C'était tout ce qu'il fallait.
Daniel m'a demandé si quelqu'un avait pu approcher mon bureau.
J'ai expliqué que Gavin était resté dans le couloir.
Le spécialiste a confirmé qu'un périphérique de stockage avait été utilisé.
Une clé USB.
Elle possédait un identifiant technique.
Si le même support avait été branché ailleurs, les journaux pourraient permettre de le retrouver.
Gavin a demandé pourquoi nous perdions du temps avec cette recherche.
Personne n'a répondu.
Le responsable informatique a procédé aux vérifications autorisées.
Un peu plus tard, il est revenu avec un petit objet noir.
Une clé USB.
Elle était reliée à l'ordinateur de Gavin.
Mon ancien patron a déclaré ne pas la reconnaître.
Daniel a demandé que l'objet soit manipulé avec précaution.
Le spécialiste a comparé les identifiants.
Ils correspondaient.
Je me suis assis.
Cette clé avait été utilisée sur mon ordinateur.
Puis elle avait été retrouvée sur celui de Gavin.
Cela ne prouvait pas encore qui l'avait manipulée.
Mais cela contredisait plusieurs de ses affirmations.
Gavin a commencé à évoquer d'autres possibilités.
Un employé mécontent.
Un technicien.
Quelqu'un qui aurait voulu lui nuire.
Il a même parlé du personnel d'entretien.
Je l'ai écouté sans intervenir.
Je le connaissais assez pour reconnaître son habitude de répondre rapidement lorsqu'il se sentait menacé.
Eleanor lui a demandé pourquoi des dossiers confidentiels de son groupe se trouvaient sur mon ordinateur.
Gavin a fixé ses chaussures.
Puis il a prononcé un nom.
Richard Field.
L'autre nom de notre agence.
Je n'avais jamais rencontré Richard.
Je savais seulement qu'il avait été associé à la création de Mercer & Field.
Gavin nous avait laissé croire qu'il ne participait plus réellement aux affaires.
Mais Richard détenait encore une part importante de l'entreprise.
Gavin a expliqué qu'il souhaitait obtenir une meilleure valorisation.
Selon lui, Richard avait demandé davantage d'informations sur la proposition d'acquisition.
Daniel lui a rappelé qu'une telle demande n'autorisait pas une copie clandestine de documents.
Gavin a répliqué qu'il défendait les intérêts de l'agence.
« Alors pourquoi avoir utilisé mon ordinateur ? »
Il n'a pas répondu.
Une voix est venue de l'entrée.
Un homme d'une soixantaine d'années se tenait dans l'encadrement de la porte.
Grand.
Les cheveux gris.
Un manteau couleur camel.
Il regardait Gavin.
C'était Richard Field.
Il a expliqué que l'équipe juridique de Halston l'avait prévenu.
Il avait immédiatement rejoint les bureaux.
Gavin a tenté de lui parler en privé.
Richard a refusé.
Il a affirmé qu'il n'avait jamais demandé que des documents protégés soient copiés sur le poste d'un employé.
Il voulait comprendre ce qui s'était passé.
Pas servir d'excuse.
Je l'ai observé.
Cet homme dont le nom figurait sur tous mes contrats connaissait le mien.
Il connaissait également plusieurs campagnes auxquelles j'avais participé.
Certains clients lui avaient parlé de mon travail.
Il savait que Gavin s'attribuait parfois des idées produites par notre équipe.
Je ne m'attendais pas à entendre cela.
Richard possédait quarante-neuf pour cent de l'agence.
Il avait quitté la direction quotidienne après plusieurs désaccords avec Gavin.
La manière de traiter les salariés faisait partie de leurs conflits.
J'ai éprouvé une colère tardive.
Il avait donc connu les problèmes de gestion.
Mais il s'était éloigné.
Pendant ce temps, nous étions restés.
Richard a expliqué que leurs accords prévoyaient des mesures spécifiques en cas de manquement grave.
Les éléments découverts pouvaient justifier la suspension de Gavin pendant l'enquête.
Cette décision devait suivre les procédures appropriées.
Mais il n'était plus question de le laisser contrôler seul l'accès aux informations.
Gavin a protesté.
Richard a demandé qu'il lise les documents.
Je n'avais jamais vu mon patron aussi silencieux.
Quelques heures auparavant, il me parlait comme si je ne représentais rien.
Maintenant, son propre avenir professionnel devenait incertain.
Il m'a demandé de reconnaître qu'il m'avait permis de progresser.
Je lui ai répondu qu'il m'avait effectivement confié des responsabilités.
Mais que cela ne lui donnait aucun droit sur ma dignité.
Il a encore parlé de mon licenciement.
Il souhaitait le reconsidérer.
Je lui ai répondu que ma décision restait la même.
Je ne voulais pas reprendre mon poste.
Richard m'a demandé si je serais disposé à témoigner sur les événements de la veille.
J'ai accepté.
Je voulais surtout qu'on établisse que je n'avais pas utilisé les fichiers de Halston.
Daniel a confirmé que les investigations devaient se poursuivre.
Je lui ai demandé si cette affaire risquait d'entraîner des poursuites contre moi.
Il n'a pas cherché à me rassurer avec de belles paroles.
Il a expliqué que les faits seraient documentés et que les conclusions dépendraient des preuves.
J'ai apprécié sa prudence.
Après plusieurs heures à entendre des accusations, je préférais une réponse limitée mais exacte.
Un autre appel est arrivé sur le téléphone de Daniel.
Il s'est éloigné.
Lorsqu'il est revenu, son visage était encore plus tendu.
Il venait de recevoir des informations sur le malaise d'Eleanor.
J'ai d'abord pensé que son état de santé s'était aggravé.
Elle l'a pensé également.
Mais il s'agissait d'autre chose.
Les services de secours avaient reçu un appel concernant la Route 18 avant le mien.
Une personne avait signalé une urgence près de l'endroit où j'avais découvert Eleanor.
L'appel avait été très court.
L'identité du correspondant n'était pas encore établie.
J'ai demandé pourquoi cela paraissait si important.
Daniel a regardé les horaires.
Puis il nous a expliqué ce qui posait problème.
Le premier signalement avait été enregistré avant qu'Eleanor ne s'effondre.
J'ai senti mes mains devenir froides.
J'ai revu la berline.
La portière ouverte.
La chaussure sur le gravier.
Et ces voitures qui ralentissaient sans s'arrêter.
Quelqu'un avait décrit l'endroit où une femme allait se retrouver en difficulté.
Avant que cela ne se produise.
Daniel a demandé que cette information soit transmise aux enquêteurs chargés des vérifications.
Il a précisé qu'il fallait encore établir ce que l'appelant avait réellement observé et à quelle heure exacte.
Mais une possibilité venait d'apparaître.
Quelqu'un connaissait peut-être les déplacements d'Eleanor.
Quelqu'un pouvait l'avoir surveillée.
Je l'ai regardée.
Elle gardait les yeux fixés sur son téléphone.
Je me suis souvenu de ce qu'elle m'avait demandé sur la route.
Pourquoi j'étais resté.
Cette question avait maintenant un sens beaucoup plus inquiétant.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 4 : Un mystérieux appel d’urgence a conduit les enquêteurs vers la famille d’Eleanor, puis sa petite-fille a sorti des photographies impossibles à expliquer
J’avais quelques minutes pour rejoindre la réunion la plus importante de ma carrière, mais une femme effondrée sur la route allait tout changer
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